akli yahyaten

akli yahyaten

Akli Yahyaten, né en 1933 à Aït-Mendes près de Boghni, wilaya de Tizi-Ouzou, (Algérie française à l’époque), est un chanteur algérien de musique kabyle.
Émigré en France dans les années 1950, Akli Yahyaten travaille comme manœuvre spécialisé dans les usines Citroën et commence à fréquenter le milieu artistique du Quartier latin (Slimane Azem, Zerrouki Allaoua, Cheikh El Hasnaoui).
Suspecté, à la suite d’une dénonciation, de collecter des fonds au profit du Front de libération national algérien (FLN), il sera emprisonné à plusieurs reprises. Durant ces emprisonnements, Akli Yahyaten composera plusieurs chansons à succès, notamment Yal Menfi, une reprise en arabe dialectal d’un vieux chant d’exil kabyle composé au lendemain de l’insurrection de 1871 et du verdict sans appel : la déportation en Nouvelle-Calédonie de la plupart des meneurs, dont Mokrani Boumezrag, Aziz Ben Cheikh El Haddad et son frère M’hamed.
Cette chanson Yal Menfi (l’exilé) rappelle les souffrances endurées par les immigrés algériens dans l’Hexagone.

mohamed allaoua

mohamed allaoua

MOHAMED ALLAOUA, le chanteur adulé de la nouvelle génération kabyle jouit actuellement d’une grande estime auprès de toutes les générations
confondues et en particulier des jeunes. Partout en Kabylie sa voix retentie au rythme de la jeunesse éternelle.

Mohamed Allaoua vit le jour le 25 août 1980 à Alger. Dès son enfance, il suivît des cours de musique Andalouse mais également des cours de musique universelle à l’Ecole El-Maoussilia d’Alger. Aujourd’hui, il enchaîne les succès. De « Baba ccix » à « A Sieqa » en passant par « Nan-d ala » et « Ssar tamurt », les tubes se succèdent et personne ne peut passer à côté. Cela, Mohamed Allaoua le doit au fait qu’il ait su dès ses débuts saisir tout un public en l’enchantant avec son talent, son charme et surtout de la vraie bonne musique. Sur scène, il se révèle à la fois attachant et captivant dans une atmosphère chaleureuse et énergique voire électrique ! Il aime donner le meilleur de lui-même.

Mohamed Allaoua a réussi à s’imposer comme étant incontestablement la nouvelle révélation de la chanson kabyle. Cela explique la place qu’il occupe actuellement sur la scène artistique algérienne.

En effet, beaucoup d’années de travail et de persévérance lui ont permis d’être à maintes reprises en tête des ventes algériennes.
Perfectionniste et ambitieux, son talent le mène jusqu’en France où il débuta en janvier 2006 une tournée dans les plus grandes villes (Paris, Lyon, Marseille…) et dans des salles prestigieuses telles que le Zénith de Paris. Sa participation au Festival Amazigh des IlesCanaries lui vaut le surnom de « Bomba Kabylia » dans la presse local.

Voix enchanteresse, il chante tout en rompant avec les tabous qui continuent de frapper la société algérienne dans sa totalité. Pour la jeunesse, il est de ceux qui savent exprimer leurs difficultés et leurs tourments. Ses textes riches et variés parlent de l’amour sous toutes ses formes, la femme, la mère, les maux sociaux et la culture berbère.

Avec son style, sa sympathie et son naturel, il apporte une fraîcheur à la musique Kabyle. Autant de qualités expliquant que Mr Allaoua soit tellement estimé de tous. Nous pouvons dire, sans nul doute, que Allaoua est la nouvelle coqueluche de la chanson kabyle.

Mohamed ALLAOUA Officiel

idirD’origine Kabyle, Idir, artiste majeur de la scène world depuis 30 ans, a voulu faire de son nouvel album un lieu de rencontres interculturelles et intergénérationnelles.

Il a choisi d’aborder les thèmes qui lui sont chers : L’amour, la culuture en général (Berbère en particulier), l’exil, l’immigration, le droit à la différence, l’éducation, la mémoire historique…

Et ces thèmes, il les partage avec des artistes de tous horizons:  Akhenaton, Guizmo, Manu et Daniel (de Tryo), Féfé (de Saïan Supa Crew) et Leeroy , Noa, Sinik, Grand Corps Malade, Zaho, Wallen, Oxmo Puccino, Tiken Jah Fakoly, Disiz…

Parce que c’est ça la France !

Et cette “France des couleurs, si on en lui en donne les moyens, défendra les couleurs de la France”. Pour écouter l’album France des couleurs de Idir , veuillez cliquer sur ce lien : France des couleurs de Idir

Fils de berger, Idir décida d’étudier la géologie et était destiné à une carrière dans l’industrie pétrolière algérienne. L’avenir va cependant le diriger sur un autre chemin. En 1973, il démarre sa carrière par hasard en remplaçant une chanteuse, pour qui il avait composé une berceuse, à Radio Alger et interprète une chanson qui va devenir son premier succès radiophonique : Rsed A Yidess qui signifie « Que le Sommeil Tombe ».

En 1975, il monte à Paris et signe un contrat avec Pathé Marconi qui lui produit son premier album : A Vava Inouva. Le titre éponyme sera un tube planétaire : diffusion dans 77 pays et traduction en 15 langues. La version française a été interprétée par le duo David Jisse et Dominique Marge en 1976, avec des paroles poétiques et une voix de femme très douce. Cette chanson kabyle avec juste voix et guitare figure comme le premier grand tube venu directement d’Afrique du Nord, bien avant le succès d’un Khaled ou d’un Cheb Mami. Il représente l’affirmation d’une certaine identité, le retour à des racines ancrées très profondément dans l’histoire de l’Algérie. Il faut attendre 1976 pour que sorte un premier album sur lequel on trouve le titre (A Vava Inouva).

Après ce succès, Idir écrit à nouveau et enregistre : Ay Arrac Neg (A nos enfants), un album qui sort en 1979.Pour cet homme discret avec un look sérieux, il est difficile de se fondre dans le monde du show-biz et s’il aime composer, ce qu’il fait pour d’autres, les passages sur scène ne le satisfont que rarement. En conséquence, il s’éclipse environ une dizaine d’années tout en donnant quand même quelques récitals.

Sa carrière est relancée avec la sortie d’une compilation en 1991 de dix-sept chansons de ses deux premiers albums. Après un long procès contre son ancien producteur, Idir a eu la possibilité de ré-enregistrer ses titres comme le fameux (A Vava Inouva). Fort de cet appui discographique, il revient donc sur le devant de la scène et passe au New Morning à Paris du 7 au 9 février 1992. Il reste le représentant de la communauté kabyle à qui on reconnaît maintenant un statut de précurseur de la World Music.

chasseur de lumière

album chasseurs de lumière

L’année suivante, paraît chez Blue Silver un nouvel album : les Chasseurs de lumière où il chante ses thèmes de prédilection, l’amour, la liberté et l’exil (qu’il connaît puisqu’il est installé dans la région parisienne depuis 1975). Il introduit à côté des darboukas, flûtes et guitare acoustique, qui donnent une touche de modernité. On peut entendre aussi la voix d’Alan Stivell sur le duo (Isaltiyen). Idir donne ses chansons à écouter au public de l’Olympia à Paris les 26, 27 et 28 juin 1993.

Questions d’identité

Homme de conviction, Idir participe souvent à des concerts pour soutenir différentes causes. Le 22 juin 1995, plus de 6000 personnes viennent applaudir le chanteur et son ami Khaled, initiateurs de l’association « l’Algérie la vie » qui les ont conviés à un concert pour la paix, la liberté et la tolérance. C’est un triomphe pour les deux artistes qui réunissent à cette occasion les communautés kabylophones et arabophones.

En 1996, Idir sort une réédition de son tout premier album qui portait le même nom 20 ans plus tôt : A Vava Inouva.

Idir participe aussi au concert hommage rendu à Lounès Matoub, chanteur algérien de musique kabyle assassiné en 1998.

Le véritable retour discographique d’Idir se fait avec Identités en 1999, l’album hommage qui réunit de nombreux artistes de Manu Chao à Dan Ar Braz en passant par Maxime Le Forestier ou Karen Matheson pour un (A Vava Inouva 2), mais aussi Zebda, Gilles Servat, Geoffrey Oryema et l’ONB. Idir rassemble ici ceux qui prônent l’ouverture culturelle ainsi que la reconnaissance des racines propres à chacun. En décembre, Idir a tout autant d’invités lors des deux soirées qu’il donne à l’Olympia. Autour de lui se succèdent Frédéric Galliano, le guitariste Thierry Robin et l’ONB.

L’identité,Idir la défend à nouveau en 2001 au cours du 21e Printemps berbère organisé au Zénith parisien, manifestation qui célèbre la culture berbère. Cette soirée de fête est renouvelée plus tôt que prévu, le 8 juillet 2001, toujours sous la houlette de Idir, lorsque de violentes émeutes ravagent la Kabylie. Le chanteur organise à cette occasion un grand concert toujours au Zénith de Paris où devant une salle pleine, de nombreux artistes soutiennent la révolte du peuple kabyle face au pouvoir central algérien.

En mai 2002, la maison de disques met sur le marché une compilation de nombreux titres de l’artiste : Deux rives, un rêve. Elle offre la possibilité d’écouter des inédits dont un titre écrit par Jean-Jacques Goldman, (Pourquoi cette pluie ?) qui évoque le terrible déluge qui s’est abattu sur la ville d’Alger en novembre 2001.

Idir débute une nouvelle tournée le 20 septembre 2002 au Zénith de Paris, avant de partir sur les routes jusqu’en décembre de la même année.

En 2005, encouragé par sa maison de disques Idir sort un CD live et un double DVD : Entre scènes et terres, qui concorde avec ses trente ans de carrière. Une façon originale de présenter cet homme discret aux valeurs fortes. Un documentaire déroule son parcours, de la Kabylie aux scènes du monde entier. L’occasion pour lui de « faire un bilan avant de passer à autre chose ».

Idir se produit le 9 avril 2006 sur la scène de la Cité de la musique à Paris. Un concert donné dans le cadre d’un cycle « Chanteurs kabyles » où figurent aussi Akli D ou Takfarinas.

En 2007, en pleine campagne présidentielle française, Idir signe un album non politique mais républicain : La France des

la france des couleurs

la france des couleurs

couleurs. L’album, « défend les couleurs de la France » comme aime à le répéter l’artiste lui-même. Sur cet album, Idir invite la jeune génération à composer avec lui des chansons autour de ce thème qui lui est cher, l’identité. De nombreux artistes comme Akhenaton, Grand Corps Malade, Zaho et beaucoup d’autres posent ainsi textes, rage et sensibilités aux côtés du tonton kabyle.

Pendant l’été de la même année, Idir fait en solo, une tournée hexagonale.

Malika Domrane

Malika Domrane

A ses débuts, quand on la voyait chanter sur scène, elle donnait l’impression d’une jeune fille frivole. Derrière cette apparente frivolité se cachait en fait une petite kabyle révolté, déterminée à bousculer les mentalités héritées de la période coloniale, à briser les tabous au féminin.

Derrière cette jeune fille d’apparence fragile, se cachait aussi une militante en herbe, pour le combat identitaire. Lorsque Malika Domrane a poussé son premier cri, en ce jour du 12 mars 1956 à Tizi Hibel (Grande Kabylie), ses parents n’imaginaient pas qu’ils venaient de mettre au monde « un monstre », comme la qualifieront de mauvaises langues, ou une « Tabargaz » ceux qui voyaient en elle une femme sincère, engagée dans le combat pour la dignité de la femme et du peuple kabyle.

Toute petite déjà, Malika Domrane refusait l’ordre familial établi. Dans la rue elle tenait tête aux garçons de son âge. A L’école, puis au lycée, elle était provocatrice, la première fille à mettre un pantalon, ce qui était exceptionnel durant les premières années post-indépendance. C’était déjà son côté féministe. Pendant les cours d’arabes où elle ne se reconnaissait pas, elle écrivait selon une de ses anciennes camarades, des paroles pour la chorale du lycée, et des poèmes dont « Je ne veux pas de l’arabe ». C’était déjà son côté militante berbériste. Si la célébrité de la chorale du lycée Fadhma N’soumeur de Tizi Ouzou avait dépassé les frontières de la Kabylie, c’était en partie grâce à elle. A quinze ans alors qu’elle faisait encore partie de ladite chorale, Malika Domrane composa elle-même son premier titre: « Tirga n’temzi » (rêve d’adolescente). Avec ce texte, elle se positionna résolument dans le camp de celles qui se battaient pour l’émancipation de la femme. En même tant, en refusant de remettre le burnous blanc kabyle, au défunt président Boumediene lors de sa visite à Tizi Ouzou, Malika Domrane se positionna d’une manière spectaculaire, dans le camp de ceux qui se battaient pour la dignité du peuple kabyle. Elle refusait de faire ce geste, qu’elle considérait comme un acte de soumission de la Kabylie au pouvoir central d’Alger, qui jusque là faisait l’omerta sur l’histoire millénaire de l’Algérie.

Sa rencontre avec la grande Marguerite Taos Amrouche, même si c’était dans des circonstances pas gaies (elle était venue enterrer sa mère à Tizi Hibel, son village natal), l’avait enthousiasmée. Malika Domrane découvrit l’existence d’une Académie Berbère à Paris (dont Taos fut la principale fondatrice), avec laquelle elle a entretenu une correspondance assidue. En 1969, elle prit part au 1er festival panafricain, dont elle fut une révélation, puisqu’elle obtint une médaille d’or. Les choses s’accélérèrent encore pour elle après son passage à la chaîne 2 de la radio algérienne. Malika Domrane enchaîna plusieurs galas qui la firent connaitre au grand public.

Invité par un producteur pour travailler sur un album en duo, Malika Domrane se rendit en 1979 à Paris pour la toute première fois. Slimane Azam l’avait accueilli en personne à l’aéroport. Pour dire qu’il voyait en elle une grande dame. Même Mouloud Mammeri la présenta à des anthropologues de plusieurs pays, qui faisaient des recherches sur la Kabylie. Malika Domrane enregistra donc son premier album, en duo avec Sofiane, qui fit un tabac. Malika Domrane venait de rejoindre Idir, Djamel Allam et tous les précurseurs de la chanson moderne kabyle. « Boubrit », l’un des duos de l’album se voulait un texte résolument engagé. Malika Domrane y faisait allusion à l’invasion française: « J’ai rencontré Boubtit (Beauprêtre, un colonel français qui avait commit des massacres lors de l’invasion de la Kabylie), a qui j’ai demandé où il allait. Il répondit qu’il allait au pays de Gaïa (Premier roi berbère). » Mais aussi en exaltant les kabyles à s’accrocher à leur courage légendaire, à l’honneur et à la dignité, et à ne pas faire allégeance au pouvoir central d’Alger.

De retour à Tizi Ouzou, un événement lui fournit une nouvelle occasion de manifester son courage, sa détermination et son engagement dans le combat pacifique identitaire et culturel. Avril 80, les étudiants, puis toute la population manifestent contre le déni de notre histoire millénaire. Malika Domrane intégra le comité de vigilance de l’université de Tizi. Elle prit une part active, convaincue que c’était l’occasion ou jamais de rappeler au monde entier l’existence d’un peuple kabyle, qu’on voulait spolier de son histoire, de sa culture et de son identité. Pour maintenir la mobilisation, Malika Domrane chantait aux étudiants et aux lycéens, elle distribuait des tracs. Quel courage pour l’époque et pour une femme ! Les années qui suivirent « le printemps Berbère », ne furent pas de tout repos pour Malika. Elle avait subi des humiliations, des harcèlements policiers et plusieurs gardes à vue et des menaces anonymes, pendant qu’infirmière de formation, elle s’occupait de malades mentales à l’hôpital psychiatrique.

malika domrane

Malika Domrane

Malika Domrane raconta que ces années passées auprès de femmes malades, l’ont forgée et aguerrie. A leur contact elle découvrit la souffrance de femmes qui avait sombré dans « la folie », à cause de la bêtise humaine, celle des hommes surtout. Inceste, adultère, stérilité, absence d’amour… ont eu raison d’elles. Pour les faire dormir, Malika n’avait pas besoin de somnifère, Malika Domrane leur chantait. Ce qu’elle avait vécu dans cet hôpital l’a endurci et l’a poussée à dénoncer la souffrance des femmes. Elle a alors chanté « L’amour maudit », « Mon amour est mort » et « L’amour insolite », en hommage à ces femmes, avec des textes forts provocateurs. Malika Domrane alla plus loin encore, décidée à briser tous les tabous. Elle se présentait pour prendre part aux réunions de l’assemblée du village (tajmat), où ne siègent plus les femmes depuis plus d’un siècle, pour dire ce qu’elle pensait. Malika Domrane s’attabla à maintes reprises avec des jeunes dans les cafés, lieux habituellement fréquentés que par les hommes. Entre temps elle fit d’autres duos, avec Matoub Lounès, auquel elle était liée par une grande amitié, et avec Takfarinas.

La témérité la poussa un jour à se rendre avec d’autres militants berbéristes à Batna, dans les Aurès, censée être tout aussi berbérophone que la Kabylie. C’était juste au début des années 90, quand le vent de l’islamisme soufflait sur l’Algérie. C’était vraiment osé de leur part. Devant une foule visiblement remontée par des islamo bathistes, et qui leur jetait des noyaux de dattes, Malika Domrane mit toute son opiniâtreté, sa force de persuasion pour expliquer aux Chaouis, que les Kabyles se battaient aussi pour eux.

malika domrane

Malika Domrane et Matoub Lounes

Alors que le terrorisme faisait des ravages, elle préféra s’exiler en 1994 en France. Elle souffrit longtemps de l’absence de ses enfants, qui n’ont été autorisés à la rejoindre (Visas) que 4 ans plus tard. A la même période, le 25 juin 1998, Matoub fut assassiné. Malika Domrane en fut très affectée et marquée à jamais. Au Zénith de Paris où l’on rendait hommage à Lounès trois semaines après, elle lancera d’emblée: « Je m’appelle liberté et je refuse d’obéir… Je porte toujours en moi la cicatrice de cette douleur inaltérable…. A chaque souvenir de toi (Lounès), je ne peux réprimer mes larmes qui coulent comme une source intarissable.»

En 2001 la grandeur de son âme se révéla de nouveau. Malika Domrane était à l’accueil des blessés du printemps noir, évacués à Paris pour des soins. Malika Domrane s’est démenée pour les aider, leur apporter soutien et réconfort. C’était sa contribution au soulèvement de la jeunesse Kabyle contre l’impunité et l’oppression. En 2003 alors que les blessures ne s’étaient pas encore cicatrisées, Malika Domrane fut sollicitée pour participer à l’année de l’Algérie en France. Tout comme Takfarinas, elle opposa un niet catégorique.

Cette suite d’événements tragiques, a encore aguerri Malika qui souffrait beaucoup. Malika Domrane s’offrit alors une grande tournée pour aller au devant du public exprimer sa douleur. Elle se produisit à Montréal, Rome (Où elle s’était inclinée à la mémoire de Jugurtha, mort juste à côté, dans les geôles romaines), puis à Alger. Sur scène le publique découvre une femme plus grave, avec une parfaite maîtrise de ses mélodies. Elle exprimait sa douleur comme l’aurait fait la meilleure des tragédiennes, laissant par moments échapper une lueur d’espoir. A ce titre, elle rappelait Taos Amrouche. Malika Domrane ne pouvait empêcher des larmes de couler, et le publique en totale communion avec elle aussi. Rare sont ceux qui peuvent se prévaloir d’émouvoir autant leur public.

Malika Domrane

Malika Domrane

En 2006, enfin un hommage bien mérité. L’initiative fut de l’association « Mohand At Lhadj » de Tirsatine (Azazga). Tous ceux qui étaient là, étaient unanimes à qualifier Malika de « Tabargazt » (femme courage). En raison de son parcours, son combat, son courage, on fit d’elle la digne héritière de Fadhma N’ Soumeur, insoumise et militante infatigable. Malika Domrane continue à incarner l’exemple même d’une kabyle émancipée, à laquelle se sont identifiées des générations de femmes de Kabylie. C’est un exemple aussi de modestie, de militantisme sincère, de non-conformisme. Malika Domrane ne s’était jamais écartée, de la ligne de conduite qu’elle s’était déjà tracée au lycée, en refusant de remettre le burnous à Boumediene. Elle est la fidélité à la lutte par excellence. N’avait-elle pas déclaré un certain Avril 2007 (printemps berbère) : « Je suis sur les traces de notre aïeule Fadhma Ath Mansour, mère des illustres Marguerite Taos Amrouche et Jean Amrouche, qui ont porté haut et fort nos valeurs identitaires à travers le monde. » Telle a toujours été la mission de Malika.  Elle n’oubliait jamais ceux qu’elle avait connue, non plus. La preuve, quand en 2008, Méziane Rachid (auteur, compositeur, homme de théâtre radiophonique et réalisateur) perdit l’usage de la parole suite à un AVC, Malika en fut très affectée. Malika Domrane s’empressa de lui écrire : « Je désire t’envelopper de toutes les plus belles paroles possibles, pour que tu puisses retrouver l’usage de la parole, car tu as encore tant de choses à dire. Malika c’est aussi cela.

Par ailleurs, pour écouter quelques albums de Malika Domrane, veuillez visiter le site de musique kabyle KB musique.

Ali amraneS´il puise sa source dans sa Kabylie natale, Ali Amran distille un savant mélange de genres qui fait l´originalité de sa musique. Au chant et á la guitare acoustique, il aborde un style dépouillé, sans fioriture. Ses chansons á textes, comme son sens mélodique, véhiculent l’âme d’une culture trop souvent bâillonnée ; ses compositions, quant à elles, empruntent leur rythmique à l’univers folk rock, avec des accents tantÔt blues tantôt pop. En résulte une harmonie toute particulière, à lrsquo;image de sa voix, au timbre doux et profond.

Ali Amran a aujourd’hui conquis un large public, de même que la reconnaissance de ses pairs, à l’instar d’Idir, Abranis, ou encore Takfarinas, qui inscrivent sa démarche artistique, comme un souffle nouveau, dans l’histoire de la chanson kabyle.

Tout juste sorti de l’adolescence, Ali Irsane se fait connaître en tant qu´auteur compositeur : ses premières compositions, inspirées de la tradition orale qui berce son enfance, sont interprétées par plusieurs artistes populaires, notamment Lani Rabah. Puis la période universitaire, celle des premières scènes, révèle peu à peu un artiste complet : accompagnant la troupe de théâtre et de chant » Meghres « , comme musicien, ses premières apparitions marquent la scène locale. Ali compose de plus belle, intégrant de nouvelles influences ; il participe à différentes formations, se produit en concert … En 1994, un premier enregistrement studio vient couronner cette phase initiatique, et le titre » Adu  » (Le Vent) se voit classé dans le top  » local rock «  sur la chaÎne francophone de la Radio nationale algérienne.

Ses études d´anglais et de littérature et civilisation berbère à Tizi-Ouzou reflètent la double perspective d’Ali, penché sur ses racines, ouvert à l’Autre. De même, le voyage s’impose très vite à lui : de Tanger à Helsinki, en passant par Barcelone, Amsterdam et autres  » cités-muses « , il nourrit sa quête esthétique, posant l’artiste engagé en citoyen du monde. Chemin faisant, sa musique s’imprègne de nouvelles couleurs, toujours plus libre.

En 1998, l’enregistrement d’un album en solo au titre éloquent,  » Amsebrid  » (Le Routard), signe l’engagement artistique d’Ali … Aussi poursuit-il sa route en tournée, sillonnant la Kabylie : à la Maison de la Culture de Tizi-Ouzou, au Théâtre Régional de BéjaÏa et dans les festivals traversés, sa maturité artistique est reconnue et maintes fois récompensée, d´un premier prix entre autres, décerné par le Festival National de la Chanson Amazighe. De plus en plus, la recherche d´Ali tend vers l´épurement comme pour rejoindre sa quête d´universel. La mélodie n´en est que plus efficace, le verbe plus puissant et non moins subtil. Témoin d´une Algérie écartelée, le mot est parfois amer, douloureux, questionnant l´identité, l´altérité, l´exil … mais la douceur de la voix, la lègèreté de la musique en appellent à une positivité résolue : aller de l´avant, en voyageur, en poète.

En 2000, Ali Irsane quitte sa montagne pour un nouveau voyage en Europe, cette fois sans billet retour : il s´installe à Paris. Seul ou accompagné de sa formation – basse, batterie, percussions –, il joue d’abord dans des cafés-concerts, participe à divers événements culturels, se produit dans plusieurs salles municipales … Un an après sa représentation au Divan du Monde en 2003, il est programmé dans le cadre du concert du Printemps berbère au Zénith de Paris, aux cÔtés du grand Ferhat, d´Akli D ou encore Gnawa Diffusion. Dans la foulée, sa chanson Xali Sliman (Tonton Slimane) connaît un franc succès, porté par la diffusion de son clip vidéo à la télévision. Avant même la sortie officielle de l´album du même titre en 2005, la chanson occupe la première place au hit parade de la fréquence kabyle en Algérie pendant pas moins de cinq semaines … S’enchaînent alors les représentations sur les scènes française et algérienne, ainsi que les apparitions médiatiques : quelques jours après la clÔture du festival Tizi Rock, il est l’invité principal de la prestigieuse émission radiophonique  » Thibugharin G’id-live «  pour un direct de l’auditorium de la Radio nationale à Alger.

En 2007, Idir lui confie la première partie de son spectacle au Zénith de Paris oè le grand public se laisse définitivement charmer par l’artiste. Un artiste de scène … car c’est là qu’il donne la véritable mesure de son talent.

En 2008 – 2009, Ali Amran se consacre principalement à la préparation de son troisième album même s´il participe à quelques concerts dont deux Zéniths à Paris. Ali tenait, en effet, à réunir tous les moyens nécessaires à la réussite de son enregistrement pour donner une nouvelle dimension à sa carrière. Ainsi il s’entoure de collaborateurs de talent, reconnus sur la scène artistique internationale, tels que Chris Birkett et Jean Philippe Rykiel. Il invite aussi Idir, le père de la world musique nord-africaine pour une chanson en duo … Au final, l’album s’avère être un beau bijou berbère de Kabylie, måtiné de folk et pop rock anglo-saxons.

Vous pouvez écouter quelques albums d’Ali Irsane sur le site de musique kabyle

nouaraNouara, la diva de la chanson kabyle : C’est Matoub Lounès qui l’a nommée ainsi. Matoub a réalisé avec Nouara l’un de ses meilleurs albums  »Hymne à Boudiaf », le président algérien assassiné en 1992.
Il fallait assister aux séances d’enregistrement de cet album au studio de Saâd Kezzim à Ouled Fayet, (banlieue) d’Alger, pour voir cette formidable harmonie entre Matoub et Nouara. Le professionnalisme, la perfection même, le combat pour une Algérie algérienne et Tamazight animaient les deux artistes. Nouara a chanté la femme, l’amour, la cause amazighe, les droits de la personne, Tamurt avec ses tripes et sans concession. Mais avant d’arriver à cette carrière artistique extraordi–naire, extraordinaire, Nouara a commencé toute petite à la radio algérienne d’expression kabyle dans les année soixante. Originaire de Kabylie où elle est née le 15 Août 1945 ( Azazga), Nouara, de son vrai nom Hamizi Zahia, et sa famille se sont installées à la Casbah à Alger. Enfant, Nouara voulait d’abord devenir infirmière mais le destin en a décidé autrement.
Et tant mieux pour la chanson algérienne d’expression kabyle ! C’est en 1963 que l’histoire de Nouara avec le monde artistique avait commencé. D’abord dans l’émission enfantine de Abedelmadjid Bali où elle chantait des chansonnettes comme Afus a Lênber. Ensuite dans une autre émission Music Hall de Radio de Taleb Rabah où elle fredonnait les chants de Bali en plus du courrier des lecteurs qu’elle lisait à l’antenne. Arriva enfin la consécration artistique grâce à sa voix.
Sa superbe voix, qui la distingue des autres, n’a pas tardé à susciter l’intérêt chez les connaisseurs. Et c’est comme ça que Chérif Kheddam l’a remarquée. Il sollicita alors ses talents sans hésiter. Sans calculs et sans stratégie, Nouara se retrouve enfin dans les bras de l’univers artistique, le meilleur. Sa voix, les musiques et les textes de Chérif Kheddam ont fait d’elle l’ambassadrice de la chanson kabyle. Sa voix mélodieuse a su accrocher l’auditoire kabyle et par la même occasion séduire le monde artistique. En effet, vers la fin des années soixante, Nouara a été convoitée par des artistes de renom en l’occurrence Médjahed Hamid, Ben Mohammed, Hassene Abassi, Lhacène Ziani, idir.
Parallèlement à ses talents de chanteuse, Nouara a le don de comédienne. Recrutée en 1969 à la radio algérienne d’expression amazighe, elle a interprété plusieurs rôles dans les pièces de théâtre radiophonique de la chaîne II. Et c’est dans cette même radio qu’elle animait durant les années soixante-dix, Nouara l’émission féminine  »urar Lxalat » (Place aux femmes).
Nouara aime chanter. Elle fredonne tout le temps les mélodies qui l’habitent comme les chants de Madjid Bali. Notre Diva est aussi exigeante envers elle-même d’abord. Pour elle, un vrai chanteur doit maîtriser Acewwiq. Puisque, selon elle toujours, ce Acewwiq nous distingue des autres. Nouara voue une admiration religieuse aux oeuvres de Chérif Kheddam :« C’est un grand artiste.Qand je chante ses musiques, je fais tout pour qu’elles soient à la hauteur de son génie professionnel ». D’ailleurs, ses duos avec Da Cherif étaient sublimes, notamment  »nemfaraq ur nxemmem » (On s’est quitté sans réfléchir),  »ula d nek yuâr ad ttugh » ( Ce n’est pas évident pour moi de t’oublier). Nouara a chanté aussi avec Farid Ferragui et Matoub Lounès dans les années quatre vingt-dix. Ses chansons préférées ? Difficile de répondre à ce type de questions pour un artiste. Mais, Nouara avoue qu’elle aime chanter et rechanter  » win i tûzadh yejja k iruh »,  »lewjab ik m id yehder yidh » et surtout Acewwiq  »a tin yuran deg ixef iw  » avec chérif Kheddam.
nouaraNouara, Même si elle a chanté avec beaucoup d’hommes-artistes kabyles, reste qu’elle a été influencée à ses débuts par une autre grande dame de la chanson kabyle des années cinquante et soixante : Ourida : « La voix de Ourida était très belle. J’ai essayé pendant longtemps de l’imiter ».
De tout ce travail et de tous ces sacrifices est née une relation très forte entre Nouara et son public. C’est depuis 1967 qu’elle animait des galas à Alger, en Kabylie, à Oran et un peu partout en Algérie avec Chérif Kheddam. Son dernier gala remonte à 1996 à Tizi-Ouzou où des milliers de spectateurs se bousculaient pour la voir, l’entendre et surtout l’apprécier. D’ailleurs un autre spectacle a été programmé à la demande du public. Accompagnée par Medjahed Hamid, Nouara n’a pas pu contenir ses larmes et ses émotions tellement l’engouement des gens était fort.
Les évènements qui ont secoué l’Algérie ont chamboulé tout le monde y compris notre douce chanteuse. Nouara, selon ses proches, est beaucoup affectée par l’assassinat de Matoub Lounès. Elle leur disait qu’elle ne pouvait pas aller se recueillir sur sa tombe ou présenter des condoléances à sa famille. Pour elle, Matoub est toujours vivant : « Quand le téléphone sonne, dit-elle, je souhaite que ce soit Lounès qui m’appelle » ! Comme Lounès Matoub, Nouara est très attachée à sa Kabylie natale. Après sa retraite méritée, elle compte aller vivre définitivement à Fréha(capitale des  ath jennad) , en Kabylie.

Loin des tracasseries administratives, la chanson n’a pas de retraite. Nouara continuera à chanter jusqu’à la fin de ses jours :« J’aime chanter comme un oiseau. Je fredonne toujours quelque chose même à la maison » ! Un projet lui tient à cour : réaliser un album icewwiqen. Nouara adore acewwiq. En 1996, à Tizi Ouzou, quand elle a commencé à chanter un Acewwiq, les spectateurs l’avaient applaudi pendant plus de 15 min. Tout le monde était debout. C’était émouvant. Ce qui l’a profondément touchée. Même Medjahed Hamid a arrêté de jouer sa musique. Les spectateurs voulaient apprécier, savourer juste la voix de Nouara.
Devant un tel succès et tant de gratitude, un journaliste de la chaîne II lui avait dit ironiquement :« Dommage que tu ne sois pas Ouerda ou Salwa. Le pouvoir t’aurait réhaussée ! Et Nouara de répliquer : « Je suis contente de moi, je suis berbère et je n’ai pas besoin que le pouvoir algérien me rehausse, d’ailleurs il n’est pas crédible ». Nouara a toujours refusé les invitations du pouvoir pour chanter le 5 Juillet ou 1er Novembre.
Matoub l’a baptisée La Diva de la chanson Kabyle. Il a raison. Elle est même la voix d’or de la chanson nord-africaine. Dans l’un de ses albums, Lounès a chanté un Acewwiq de Nouara pour lui rendre Hommage. Il est temps pour la Kabylie de rendre un vibrant hommage à sa Diva.

Pour écouter quelques albums de notre Diva Nouara :

Nouara

La femme kabyle et ses problèmes

nouara

Afasmakane

amour abdenourAmour Abdenour est né le 17 février 1952, à El-floye à Aït Oueghlis. Amour Abdenour a composé sa première chanson en 1969, et est passé pour la première fois à la radio en 1970.

Amour Abdenour est un chanteur kabyle. Depuis ses débuts à l’âge de 17 ans, Amour Abdenour continue de bercer des générations entières. Sa chanson « Mmi-s n tmurt-iw » qui l’a propulsé sur la scène musicale est à ce jour immortelle et bien des chanteurs en herbe l’interprètent avec autant de plaisir que leurs aînés. Abdenour chante l’amour de la femme, celui de la patrie, l’amour tout court, le social, la culture berbère et bien d’autres thèmes. Le secret du charme de sa chanson, c’est surtout sa sincérité, car Amour puise souvent ses textes de son vécu et de celui des gens de sa communauté. En chantant ses douleurs, ses joies, ses rêves et ses envies, du coup, beaucoup parmi les siens s’y sont retrouvés.

Parallèlement à la chanson, Amour Abdenour a exercé le métier de géomètre jusqu’en 1995, et depuis Amour Abdenour s’est consacré totalement à la chanson. L’artiste discret et au look modeste demeure fidèle à ses amours de jeunesse qu’il chante toujours et avec plus de force et de professionnalisme. Ne dit-on pas que l’amour n’a pas d’âge ? Ce nouveau produit est une nouvelle fenêtre qui s’ouvre sur l’univers amourien. Un album à écouter absolument et sans modération.

Cherif Kheddam, Da Chérif pour les intimes, traverse les modes avec une insolente santé. Son œuvre est intemporelle. Et l’auteur refuse tout narcissisme.

Portrait d’un artiste passionné et passionnant – Chérif Kheddam

chérif kheddamL’homme a des yeux rieurs et complices. C’est un homme d’une grande simplicité qui vient nous ouvrir la porte de son immeuble, pas loin de Paris. On est loin du tape-à-l’œil des stars capricieuses. Chérif Kheddam est un maestro, pas une vedette éphémère. Tout respire en lui un savoir-faire solide, qui se moque des modes et de l’air du temps. A 78 ans en janvier prochain, malgré quelques petits tracas de santé, Da Chérif n’a rien d’un grabataire. Au contraire. Son verbe est sûr, posé, pertinent. Il impressionne par son détachement et sa modestie. Da Chérif doute, comme seule la sagesse l’impose. Il a toujours vécu loin du milieu artistique. « Toute ma vie, j’ai vécu hors du monde artistique. Je ne peux pas vivre dans ce milieu où des gens sans grand talent se considèrent toujours en haut de l’affiche. Il faut replacer les choses dans leur contexte. Nous, artistes kabyles, devons avoir le succès modeste. Nous chantons pour un peuple peu nombreux. » Si on lui rappelle que sa musique a dépassé depuis longtemps les frontières de la Kabylie et même de l’Afrique du Nord, ses morceaux sont joués en Turquie par exemple, il balaie ça très vite. « L’universel commence chez soi. Nous ne devons pas oublier que nous sommes un petit peuple. La modestie doit être notre fil conducteur. » Et le génie est dans la simplicité. « Je n’aime pas la flatterie », tranche-t-il.

A lemri, le miroir – Chérif Kheddam

Sur les murs de son salon, des tableaux. Et une nouvelle acquisition. Un peintre vient de lui offrir un tableau inspiré de sa chanson mythique A lemri, le miroir. On y voit une fille devant son miroir en arrière-fond en train de se peigner les cheveux. Da Chérif gratte le luth. Quel est le sens de Lemri ? Cette chanson a traversé le temps avec une insolente jeunesse. Intemporelle. « Je ne veux pas donner des clés pour cette chanson. A chacun de lui donner sa propre signification. Par contre, je reconnais qu’elle est mystérieuse », explique-t-il d’un air espiègle. Un succès qui ne s’est jamais démenti. « Cette chanson est symbolique. Elle a une forte charge émotionnelle. Elle a plusieurs niveaux de lecture. » La chanson a été enregistrée en 1963 par l’orchestre symphonique de Paris, une première à l’époque. L’ancien OS, ouvrier spécialisé, presque analphabète, a vu son œuvre jouée par de nombreux orchestres symphoniques. « En ce moment, Nachid Bradaï est en train de faire des répétitions à Alger et de jouer mes partitions. Je l’ai connu il y a très longtemps. Il était soliste à l’orchestre symphonique national. Il y a des gens très capables en Algérie. » Et il sait de quoi il parle. Il a travaillé à la Radio télévision algérienne (RTA) pendant 24 ans.

Le passeur de savoir – Chérif Kheddam

A l’indépendance, la chaîne de radio en langue kabyle manque cruellement de production. La Chaîne I et III pouvaient s’appuyer sur des productions étrangères, orientales pour la première et occidentales pour l’autre. « Nous, nous n’avions rien. On devait sauver notre patrimoine, trouver un moyen pour que la chaîne ne disparaisse pas. L’idée était donc d’enrichir la discothèque et de découvrir de jeunes talents pour remplacer notre génération. » Da Chérif se découvre de nouvelles fonctions, vocations. On ne mesurera jamais assez le travail titanesque abattu par celui qui a sauvé la discographie berbère avant de la propulser vers la modernité. A partir de 1964, il sera documentaliste, archiviste, discothécaire et – surtout – dénicheur de talents. Grâce à son émission « Les chanteurs de demain », la chanson kabyle prend un nouvel envol. La chanson post indépendance doit énormément au travail de fourmi du génie qui a délaissé sa création pour se consacrer à celles des autres. De 1964 à 1975, il a composé des albums pour de nombreux nouveaux artistes qu’il a découverts et contribué à faire connaître.

Star Academy – Chérif Kheddam

cherif kheddamLa plupart des auteurs-interprètes sont passés entre ses mains dans « Les chanteurs de demain », ou alors complètement formés par ses soins. Da Chérif dispensait des cours gratuitement trois fois par semaine dans une salle des Pères Blancs, rue Horace Vernet à Alger. Aït Menguellet, Nouara, Idir, Ferhat, Malika Doumrane, Karima, Zahra… étaient ses élèves avant de s’envoler de leurs propres ailes avec des succès différents. Ils se réclament tous être ses enfants. En père spirituel, il ne renie personne ni ne cite le nom d’un enfant préféré. Il sourit et élude la question. Pourtant, on sent que Nouara, avec sa voix cristalline, reste l’élue. Sa muse. Pygmalion a fait son deuil public. Pas sûr. « Quand les jeunes arrivaient à la radio, je les écoutais avec beaucoup d’attention, puis je donnais mon avis. Je ne suis ni un juge et encore moins Dieu. Il m’est arrivé de refroidir l’enthousiaste de pas mal de personnes, car je pensais qu’ils n’étaient pas fait pour ce métier. Et avant que vous ne posiez la question, oui, il m’est sûrement arrivé de me tromper. » Toujours aussi respectueux des autres, il refusera durant tout l’entretien de citer un nom. « Ce n’est pas important. » Pour les 50 ans de sa carrière, ses « enfants » ont décidé de se rendre à Alger pour son concert à la coupole. Qui sera là ? Le téléphone sonne. Il n’arrêtera pas de sonner durant tout l’après-midi. Comme si elle avait entendu la question, Karima l’appelle pour lui confirmer sa présence. Lounis Aït Menguellet, celui qui revendique le plus cette paternité depuis des années, aurait déjà pris sa réservation. « Il y aura du monde en effet. Des retrouvailles et de nouvelles connaissances. Je ne peux pas dire qui sera là précisément. Des amis, des anciens… » Son regard pétille d’intelligence. Il s’impatiente. « Une grande surprise », finit-il par lâcher. On devine, on tâte, on questionne… « Je n’en dirai pas plus. » « Da Chérif, confirmez-nous la présence de Nouara. » Silence complice.

La loi de la relativité – Chérif Kheddam

Retour à sa carrière. Sa traversée du désert au niveau créatif prend fin en 1975. Elle aura duré 15 ans. Quinze années à former les autres, à chercher et à trouver le talent chez les autres. « Je dois mon retour à Tahar Boudjelli. C’est grâce à lui que j’ai repris le chemin de la création. Je croyais ma carrière finie. Il a su me convaincre. Le public était toujours là, mais j’étais trop investi à composer pour les autres et à alimenter la discothèque kabyle pour penser à ma carrière. » Retour gagnant après une longue période de dispersion. « Chérif Kheddam n’a jamais joué à la vedette, ni cherché la célébrité, ni été attiré par les médias. Le milieu artistique même lui est peu familier, il ne s’y aventure que lorsqu’il a besoin de musiciens. Durant son séjour en France, il a plus vécu en milieu ouvrier que parmi la nouvelle chanson kabyle, il a toujours refusé de s’en instaurer parrain, maître ou cacique. S’il est un indéniable précurseur, il demeure un chanteur en évolution et en devenir. C’est pourquoi, nous pensons que l’actuel effacement ne saurait être une retraite, mais plutôt un simple repli pour prendre un nouvel élan. Celui qui a été l’enfant remuant de la chanson kabyle ne saurait se retirer sur la pointe des pieds », écrit, si justement, Tahar Djaout en 1993. L’avenir lui a donné raison. L’année 2005 le verra se produire à la coupole à Alger et au Zénith à Paris. C’est aussi un millésime réussi pour son nouvel album. D’abord peu disert sur son œuvre, il finira par nous faire découvrir deux titres nouveaux : L’ghorva thajdhit (le nouvel exil) et (ce sera le titre phare de l’album) Rouh yazman (ainsi va la vie, traduction approximative). « C’est ma vie. Cet album reflète ma vie. Il parle de la vieillesse, des maux de la société et de l’exil forcé. Et, ironie du destin, moi qui ai quitté la France en 1963, je m’y suis exilé à nouveau à cause de mes problèmes de santé. Concernant la musique, on me reconnaît dès les premières notes. Il y a différentes rythmiques mais je suis resté fidèle à mon style. » Da Chérif a découvert les quarts de temps en 1958. La touche personnelle du compositeur, qui allie le classique occidental et les influences orientales, notamment Abdelwahab, comme un ADN. Son empreinte musicale est définitivement originale. Intemporelle, suave, académique et rebelle. Riche. Atypique. « Da Chérif a de l’avance sur son temps. Il a été le premier à utiliser des tempos latinos dans les années 1960. Aujourd’hui, ça revient à la mode. Sa chanson Sbah lkir (bonjour) écrite en 1959 avait une avance de 40 ans. Il était temps que l’Algérie reconnaisse son talent, ce que la musique algérienne lui doit. Da Chérif est aujourd’hui un géant de la musique contemporaine du Maghreb. Il a créé un style musical qui associe le traditionnel, le classique et le moderne. A Lemri est une œuvre intemporelle, elle tient de la mythologie grecque et du mysticisme », explique son ami et producteur Tahar Boudjelli.

« Je suis Méditerranéen et Ma musique est méditerranéenne » – Chérif Kheddam

« Je suis Méditerranéen et ma musique est méditerranéenne, turque, grecque, italienne, algérienne… Je pars de ma spécificité pour toucher l’universel. Seule l’authenticité peut donner tout son sens à une œuvre, musicale ou autre », diagnostique le compositeur. L’ancien élève de la zaouïa de Boudjelil (Petite Kabylie), désertée dès l’âge de 14 ans pour aller travailler, s’est battu toute sa vie : contre son propre camp, les artistes kabyles qui se satisfaisaient de chansonnettes avant son arrivée, de la société qui voyait débarquer un artiste révolutionnaire et qui plaçait la barre très haut, alors qu’elle n’était pas préparée à une musique si élaborée, puis contre le colonialisme et enfin le parti unique. Ses compositions étaient scrutées à la loupe par les services de censure, aussi bien par la France d’avant l’indépendance que par l’Algérie indépendante. Les colons y cherchaient une incitation au nationalisme et le parti unique une expression « séparatiste ». Le maestro s’est moqué des deux censures, en utilisant les métaphores puis, après l’indépendance, en évitant de faire du militantisme tapageur. Avant-gardiste dans la discrétion. En 1961, il a, dans un rare plaidoyer pour l’émancipation de la femme, chose insensée à l’époque, composé Lehjab etharit (Pourquoi voiler la femme libre ?). Et c’est le fruit de son travail qui est aujourd’hui récolté par tous les autres artistes. Grands et petits. Consciemment ou non.

Biographie en 7 dates

1927 : Naissance à Taddert Boumessaoud (Aïn El Hammam, ex-Michelet)
1948 : Exil en France jusqu’en 1963. Il y compose ses premières chansons et apprend le solfège.
1963 : Composition d’A Lemri, sa chanson phare, enregistrée à l’ORTF. Et date de son retour en Algérie.
1964-1975 : Animateur, producteur de l’émission « Les chanteurs de demain ». Chérif Kheddam déniche de nombreux talents tels Idir, Aït Menguellet, Ferhat, Nouara, Karima…
1975 : Retour à la composition et au chant
1995 : Retour en France
2005 : Chérif Kheddam fête ses 50 ans de carrière et sort deux CD et un DVD. A 78 ans, il s’attaque à la Coupole et au Zénith.

Vous pouvez écouter quelques albums de Cherif Kheddam sur kbmusique

Rémi Yacine

Slimane Azem de son vrai nom Azem Ouali est né le 3 mars 1913 à Agouni Gueghrane, dans une zone montagneuse de la Grande Kabylie à 45 kilomètres au sud de Tizi Ouzou, dans une humble et vieille famille kabyle jouissant d’une certaine influence dans la région. Slimane Azem obtient son certificat d’études primaires mais, encore tout jeune, doit faire face à des charges familiales très lourdes (il a quatre frères et deux sœurs). En 1936, il part en métropole et occupe un emploi d’électricien à Longwy.

Il y est rejoint en 1937 par son frère Azem Slimane, son cadet de cinq ans qui acquerra la notoriété en tant qu’auteur, compositeur et interprète de chants kabyles (il sera « Disque d’or » de la firme Pathé-Marconi en 1970). Pendant l’occupation, tous deux sont requis par le S.T.O. (Service du Travail Obligatoire). Libéré par l’armée américaine, Azem Ouali retourne en Kabylie.
Elu conseiller municipal en 1953 à Agouni Gueghrane, Slimane Azem est désigné comme maire de cette commune en 1957, puis comme membre de la Commission Administrative du département de la Grande Kabylie. Slimane Azem intervient en faveur de son frère inquiété pour une de ses chansons (« Criquet, sors de ma terre.. » et le fait revenir de métropole en Kabylie en 1958. Le 10 février 1958, en présence de Robert Lacoste, ministre- résident de l’Algérie,Slimane Azem est porté à la présidence des maires de Kabylie. Au cours de cette cérémonie, Slimane Azem affirme son attachement à la France et son désir de rester français.

Malgré les menaces de mort du FLN contre lui et sa famille, Slimane Azem entend oeuvrer pour le rapprochement des communautés kabyle, arabe et européenne.

Après le 13 mai 1958, Slimane Azem devient Vice-Président du Comité de Salut Public de l’Algérie et du Sahara dont les deux co-présidents sont le docteur Sid Cara et le général Massu.

Aux élections législatives qui envoient 67 députés d’Algérie à l’Assemblée Nationale (46 musulmans et 21 européens), Slimane Azem est élu député de la circonion de Tizi Ouzou, sur une liste intitulée « Pour le renouveau d’une grande France », en compagnie de MM Henri Colonna, Ali Saadi, Ahcène Oualalen et Sadok Khorsi. Slimane Azem appartient tout d’abord au groupe parlementaire provisoire « Formation Administrative des Elus d’Algérie et du Sahara ».

Slimane Azem rejoint ensuite le groupe parlementaire « Unité de la République » qui regroupe les députés d’Algérie et de métropole essentiellement attachés au maintien de l’Algérie dans la République.

Le 9 novembre 1961, il vote « l’amendement Salan » et le 11 mai 1962, Slimane Azem intervient à la tribune pour stigmatiser les mesures prises par le gouvernement pour empêcher, avant l’indépendance, le départ d’Algérie des Musulmans dont la vie est en danger du fait du FLN.

Entre temps, Azem Ouali est la cheville ouvrière de la réalisation d’un « Livre blanc » sur la fusillade meurtrière du 26 mars 1962 qui vit 82 manifestants tués rue d’Isly à Alger par un régiment de l’armée française.

Après l’indépendance de l’Algérie, le 4 juillet 1962, son mandat de député est supprimé comme celui de ses collègues d’Algérie. Ayant quitté sa Kabylie natale qu’il ne reverra plus, Slimane Azem s’installe dans le Quercy où il se fait agriculteur pour nourrir sa nombreuse famille. Slimane Azem y fonde un Comité de Défense des Agriculteurs Rapatriés.

Jusqu’à la fin de sa vie, Slimane Azem est fidèle à sa communauté d’origine et à ses compatriotes pieds noirs ce qui le pousse à accepter la responsabilité de la présidence du Cercle Algérianiste de Montauban.

Chevalier de la légion d’honneur, Officier de l’Ordre du Mérite National, titulaire de la croix de la valeur militaire avec étoile d’argent, Azem Ouali est décédé en septembre 2002.

Cité par la défense de Raoul Salan lors de son procès en mai 1962, Azem Ouali, condamné à mort par le FLN, dont la protection par la Préfecture de Police n’est plus assurée depuis peu, écrit au président du tribunal pour indiquer que, dans ces conditions, il ne peut venir témoigner. Slimane Azem écrit cependant à propos de l’Algérie : «… Le gouvernement a changé de cap. Le général Salan n’a pas admis cet abandon, et c’est pourquoi il se trouve devant vous… ».

Slimane Azem

Mohamed Allaoua vit le jour le 25 août 1980 à Alger. Dès son enfance, il suivît des cours de musique Andalouse mais également des cours de musique universelle à l’Ecole El-Maoussilia d’Alger. Aujourd’hui, Mohamed Allaoua enchaîne les succès. De « Baba ccix » à « A Sieqa » en passant par « Nan-d ala » et « Ssar tamurt », les tubes se succèdent et personne ne peut passer à côté. Cela, Mohamed Allaoua le doit au fait qu’il ait su dès ses débuts saisir tout un public en l’enchantant avec son talent, son charme et surtout de la vraie bonne musique. Sur scène, Mohamed Allaoua se révèle à la fois attachant et captivant dans une atmosphère chaleureuse et énergique voire électrique ! Il aime donner le meilleur de lui-même.

Mohamed Allaoua a réussi à s’imposer comme étant incontestablement la nouvelle révélation de la chanson kabyle. Cela explique la place qu’il occupe actuellement sur la scène artistique algérienne. En effet, beaucoup d’années de travail et de persévérance lui ont permis d’être à maintes reprises en tête des ventes algériennes. Perfectionniste et ambitieux, son talent le mène jusqu’en France où Mohamed Allaoua débuta en janvier 2006 une tournée dans les plus grandes villes (Paris, Lyon, Marseille…) et dans des salles prestigieuses telles que le Zénith de Paris. Sa participation au Festival Amazigh des Iles Canaries lui vaut le surnom de « Bomba Kabylia » dans la presse local.

mohamed allaouaVoix enchanteresse, Mohamed Allaoua chante tout en rompant avec les tabous qui continuent de frapper la société algérienne dans sa totalité. Pour la jeunesse, Mohamed Allaoua est de ceux qui savent exprimer leurs difficultés et leurs tourments. Ses textes riches et variés parlent de l’amour sous toutes ses formes, la femme, la mère, les maux sociaux et la culture berbère.

Avec son style, sa sympathie et son naturel, Mohamed Allaoua apporte une fraîcheur à la musique Kabyle. Autant de qualités expliquant que Mr Allaoua soit tellement estimé de tous. Nous pouvons dire, sans nul doute, que Mohamed Allaoua est la nouvelle coqueluche de la chanson kabyle.