171C’est un groupe d’artistes à part, il faut le concéder. Ideflawen (pluriel d’Adfel, la neige) fut créé à l’initiative de jeunes kabyles rebelles, en 1977, alors que le régime totalitaire de Boumediène bâillonnait toute velléité de liberté d’expression.

A cette époque, le mot « Amazigh » pouvait déboucher sur une répression féroce et même un emprisonnement. Et c’est dans ce climat de terreur que trois amis décidèrent de créer le groupe Ideflawen, qui portera, des années durant, toutes les aspirations et les revendications culturelles et identitaires de, non seulement, la Kabylie, mais de toutes les régions berbérophones. Ali Aït Ferhat, vocaliste et musicien, Lhacène Ziani, parolier, et Adjou Zahir musicien de talent, donnèrent naissance, en 1977, à cette troupe engagée dans le combat pour la reconnaissance de la dimension amazighe de l’identité nationale. Ce n’est qu’au début des années 1980 que ce groupe sort son premier album, à cause, de l’aveu du chanteur Ali, du manque de moyens. Ce premier opus fut une réussite sur tous les plans. Ce travail artistique a trouvé un grand écho, surtout et d’abord, parmi les militants de la cause Amazighe, aidé dans cela par les événements du printemps Berbère survenus les mois de Mars et Avril 1980. La chanson phare de cet album a été reprise durant des années par une jeunesse militante et assoiffée de liberté. Il s’agit de « get iyi abrid » (Cédez-moi le passage). Un appel, une révolte à l’adresse des tenants du pouvoir de l’époque qui, pour toute réponse aux revendications justes et libres, opposaient la matraque et la prison. Cette chanson, que fredonnent encore les inconditionnels de ce mythique groupe qui mérite tous les égards, dit, dans quelques vers que nous avons choisis pour vous :

Ur tufiḍ d-acu i d-cniɣ
Ala tazmart iɣallen,
Ur tufiḍ d-acu i d-bbwiɣ
Ala ifassen-iw d ilmawen,
Ur tufiḍ d-acu i ttnadiɣ
Ala tafat i wallen
Ğǧet-iyi abrid ad ɛeddiɣ
Iwumi ar i-tugadem?

(Je n’ai chanté que la force des bras.
Je n’ai ramené que mes mains vides.
Je ne cherche que la lumière pour les yeux.
Cédez-moi le passage, pourquoi avez-vous peur?)

Quelques années après, d’autres albums, tout aussi percutant les uns que les autres, ont été mis sur le marché avec une grande témérité. Ideflawen, comme à leur habitude, ne ménageaient ni le pouvoir, ni les islamistes, dont quelques-uns ont assassiné le premier martyr de la démocratie Kamel Amzal en 1982. Dans la chanson « Igugilen g-iles », le groupe tournait en dérision les islamistes, qu’il comparait « à des troupeaux d’agneaux, qui ont froid lorsqu’on leur taille la laine! ». Le groupe, fidèle à sa ligne musicale, appelle à la fraternité et à l’union des rangs. A cette époque-là, le mythique mouvement culturel berbère, le MCB, plus percutant que jamais, menait à travers ses militants des actions pacifistes éclatantes, afin de tenter de faire plier le pouvoir de l’époque sur la question identitaire. Les droits de la femme n’étaient pas en reste, puisque cette troupe engagée a abordé la situation de cette damnée de la société, à travers la chanson « Tilemzit ». Celle-ci, n’ayant pas son destin entre les mains, est mariée sans son consentement. Ideflawen, c’était les premiers artistes à dénoncer le code de la famille dans cette chanson magistralement interprétée par l’inénarrable Ali Aït Ferhat, le leader du groupe. Durant la chape de plomb, Ali et ses compagnons n’ont pas cessé de chanter avec fougue et impénitence, en dénonçant, guitares sèches à la main, tout ce qui se tenait en travers de la démocratie, des libertés et de la cause Amazighe. Malgré les risques qu’ils encouraient à cause de leur engagement sans faille, ces artistes ont continué à porter, haut et fort, les revendications légitimement exprimées, non pas de la région de la kabylie, mais de tout le pays. Avec l’ouverture démocratique, survenue dans le sillage des événements d’octobre 1988, le groupe n’a pas pour autant raccroché ses « fusils à cordes », bien au contraire, il fallait militer encore et encore pour cette culture ancestrale que sont l’Amazighité et la démocratie naissante. Et c’est ainsi qu’en 1990 la troupe sort son « premier » album édité en pleine phase de démocratisation avec la naissance de partis politiques et l’ouverture des champs d’expression.

Ali Ideflawen chante les textes de Mohia

Dans cet opus, Ali qui a repris seul le flambeau, fidèle toujours à ses principes et à son combat, reprend des textes de Mohia et de Ferhat Imaziɣen Imula. Cet album a été une réussite totale, surtout avec la chanson-phare: »Berwagia », un texte de Mohia qui raconte le calvaire et la souffrance des prisonniers politiques, jetés dans les cachots durant des semaines dans le froid et l’humidité. Et dans l’autre chanson culte, Ali interprète une chanson inédite de son ami et compagnon de lutte Imaziɣen Imula, qui s’intitule « Oui, oui Monsieur! ». S’en suivra, dans la foulée, d’autres albums qui traitent de l’actualité brûlante dominée par la montée de l’intégrisme islamiste, lequel sera à l’origine de la décennie noire. Le natif de Timizart (Tizi-Ouzou) un certain 16 janvier 1957, produira un album dans le sillage des événements du printemps noir, où il rend hommage à toutes les victimes tombées au champ d’honneur, sans oublier Matoub Lounès, l’autre monstre de la chanson kabyle engagée. Vers la fin de l’année 2004, Ali reprendra le chemin des studios pour enregistrer un nouvel album, où il reproduit quelques textes de son ami Mohia. « Seltan n lmejbada », « ay amxix-iw », « yibwass ad dlun fellas », « a muh n muh », « nukni s iyennaten-agi » sont des poèmes écrits par le dramaturge et aède de talent Muhend u Yahya. Et c’était, aussi, un hommage appuyé à Mohia décédé des suites d’une courte maladie. Depuis, Ali Ideflawen n’a pratiquement rien édité. Cependant, il n’a pas quitté pour autant la scène, se produisant en France et en Algérie. Ce monstre de la protest-song a « brassé » plusieurs génération d’amoureux de la chanson « relevée », et ses albums se vendent encore comme des petits-pains, eu égard à leur caractère exceptionnellement « actualiste ». Aux dernières nouvelles, Ali Ideflawen a enregistré un nouvel album et il ne reste que son édition. A cet effet, l’artiste avait déclaré, récemment, sur Berbère TV que le groupe Ideflawen était réuni après une longue séparation due aux vicissitudes de la vie. Le parolier et poète Lhacène Ziani, qui vit depuis des années au Canada, a remis quelques textes à son complice de toujours Ali, celui-ci, en musicien hors-pair, les a « habillés » avec des mélodies « fougueuses », caractéristiques de la chanson engagée. Lhacène a écrit un poème en hommage à Matoub Lounès, dans lequel il dit:

Abehri seffer ɣiwel
ɣer tmurt rzu fellas
G wat 3îssi kker 3etel
Anda akken yeɣli lwennas

Tawrirt n mussa tuklal
Ad tt sâddid din yiwen wass
Sellem ɣef igenni d wakal
Matoub zzi-d i lharas
Ma tew3ad ini-d awal
Ttxil-ek sebber yemmas.

Avec un parcours artistique époustouflant, jalonné de difficultés et d’engagements sans faille, le groupe Ideflawen a, à son actif, 10 albums, et le 11e est en préparation. Un itinéraire des grands artistes qui ont marqué profondément leur époque et qui ont inscrit leur nom en lettres d’or dans le registre de la chanson kabyle en particulier et Algérienne en général.

Syphax Y.

Source : dzfeed : Ideflawen près de 40 ans u mazal

Décès de Meziane Rachid, chanteur et ancien animateur de la Radio Chaîne II
Le chanteur, auteur compositeur et animateur de la radio Chaîne II, Meziane Rachid, est décédé vendredi 09 octobre matin des suites d’une longue maladie, a appris l’APS auprès de sa famille.

Meziane Rachid, surnommé « l’archiviste de la Radio » pour sa riche collection de disques de chansons kabyles et de photos d’artistes, est mort à l’hôpital (Parnet) d’Alger, des suites d’une longue maladie. Il a été victime d’un accident vasculaire-cérébral en 2008, qui l’a cloué sur la chaise roulante.

Né le 27 février 1944 à la Casbah d’Alger de parents originaires du village Ait Yahia dans la commune d’Azeffoune, Meziane Rachid de son vrais nom Mhamed Yala, fut élevé dans un milieu purement chaâbi. Il avait toutefois une curiosité pour tous les genres musicaux.

Il a, à son actif, un répertoire riche d’un millier de chansons aux teintes sentimentales et nostalgiques à travers lesquelles se reflète son tempérament calme, d’un homme paisible qui écoutait plus qu’il ne parlait.

Il s’était également mis à la réalisation d’émissions radiophoniques, animant plusieurs émissions à la Radio Chaîne II, entre autres « Ighennayen Uzekka » avec Cherif Kheddam, « Errahva n’ssouk », « Agherval Imchercher », « Sbah Lxir » avec Ben Mohamed et « Lkar N Tizi N Tlata ».

Plusieurs hommages lui avaient été rendus de son vivant, notamment par le Haut commissariat à l’Amazighité (HCA), la Radio et la Télévision nationales.

Il sera enterré samedi au cimetière d’El Alia.

Source : BRTV

Le journaliste et chanteur Meziane Rachid de son vrai nom Yala M’hamed, auteur de la fameuse chanson sur la femme rebelle Fadma n Sumer (Voir le lien ci-dessous), vient de nous quitter.

Meziane Rachid, né le 27 février 1944 à la Casbah, a bercé notre enfance au même titre que les autres chanteurs de sa génération tels que Mdjahed Hamid, Meksa Abdelkader, Chenoud Noureddine, Mennad, Nouara, Brahim Izri, Idir, Assam Mouloud, … pour ne citer que quelques uns nombreux parmi ceux et celles qui ont donné à la chanson Kabyle ses lettres de noblesse, et qui ont su marier la belle musique moderne avec une poésie de haute facture.

Ce matin avec Assam Mouloud qui l’a connu, nous avons longuement parlé de Meziane Rachid, et il m’a prié de faire passer ses sincères condoléances à sa femme Rachida, toute sa famille, ses amis et ses proches.

Il m’a particulièrement avoué que Meziane Rachid l’a profondément marqué de par son AMOUR et acharnement pour la langue kabyle à travers la chanson et la poésie.

Il a dit entre autres que c’est Meziane Rachid qui l’a invité pour un clip qui est passé à la TV en février 1982 dans l’émission la ballade ou Errihla de Bachir Bellaroussi.

Meziane Rachid, d’après Assam Mouloud, a été toujours un promoteur dévoué pour la chanson Kabyle de par ses poèmes et les chansons qu’il a composé aussi bien pour lui que pour d’autres chanteurs et chanteuses tels que Karima, Djamel Chir, Boualem Chaker, Samy el djazairi, Idir (Sendu), ….

Que les saints et les protecteurs de la Kabylité et l’amazighité l’accueilleront dans l’au delà à coté des siens qui ont donnés et/ou consacré leurs vies pour la survie de notre langue, culture et identité.

Pour connaitre mieux Meziane Rachid voici un bel article de Samira Sidhoum du journal Horizons écrit le 05 – 03 – 2010 en hommage au regretté chanteur:

HOMMAGE A L’HOMME DE RADIO: MEZIANE RACHID, L’ART DANS L’ÂME.

C’est dans une ambiance bon enfant qu’un public peu nombreux mais de qualité a assisté, jeudi dernier au soir, au centre culturel de la Radio Nationale Aïssa Messaoudi, à une soirée hommage à l’auteur, compositeur et homme de théâtre radiophonique, Yala M’hamed connu sous le nom d’artiste « Meziane Rachid ». Ce dernier âgé de soixante six ans est l’auteur, entre autre, de la magnifique chanson «Fadhma N’ssoumer». Un programme riche et varié est tracé au cours de cette soirée lors d’une émission radiophonique « Ighzif Ayidh » transmise en direct de la chaîne 2.
Une série de témoignage s’est plaisamment greffée à la note musicale. La musique tout en rythme et ses textes pleins de métaphores n’ont rien perdu de leur effet sur le public. Des figures « incontournable » de la chanson amazighe, qui, avec une musique entrainante et fluide, ont réussi à captiver de plus en plus l’assistance. Il s’agit de Chavha, Djida Tamachtouht, Akli Yahiatene, Brahim Tayeb, Chérifa, en duo avec Chérif, Boualem Chaker ainsi que d’autres illustres noms de la scène artistique. Attraction de la soirée, le passage de Brahim Tayeb. Il chante la femme, l’amour, la liberté, avec un discours poignant parfois, mais des musiques souvent très enjouées. Mais sa chanson demeure avant tout « kabyle », habillée de son mandole qu’il maitrise parfaitement. Le public n’a pas été déçu.
Il a été charmé par la poésie de Brahim Tayeb. Inspiré du folklore local de Kabylie, les chansons de Brahim Tayeb restent néanmoins modernes.

Témoignages :

• Saïd Zanoun, dramaturge et meilleur ami de Meziane Rachid :
« Cet hommage vient à point nommé. C’est un artiste qui a beaucoup donné de lui même. On s’est connu dans le milieu artistique. Nous avons beaucoup travaillé ensemble. Nous avons réalisé d’excellentes œuvres. Je tiens à souligner qu’il est important de reconnaitre ces artistes qui ont énormément œuvré pour la promotion du talent, de la création et de la culture ».

• Yazid Smaïl, journaliste, animateur, producteur et réalisateur à la Radio Nationale :
« Meziane Rachid est mon père spirituel. Je lui dois toute ma réussite. Je l’ai connu en 1991. J’étais étudiant à cette époque là. Je garde de lui ce souvenir d’un responsable qui m’a facilement adopté. Il a cru en mes capacités. Il avait lancé une émission intitulée «Agharval », signifiant le tamis. Dans cet espace consacré à l’expression libre des jeunes, ces derniers réussissaient à développer leur talents ».

• Cherifa, chanteuse
«C’est un grand monsieur, un précurseur, un repère pour nous. Il est vrai que je ne l’ai pas connu en personne, ceci dit, je connais ses textes par cœur à travers ses chansons. C’est un personnage timide doté d’une sensibilité aiguisée. C’est avec une immense joie et fierté que j’assiste à cet hommage ».

• Djamila Bouguermouh, ancienne animatrice à la chaine 2 (émission enfantine et théâtre radiophonique)
«Je suis très contente de cette initiative, surtout que c’est un hommage organisé de son vivant. Une occasion pour lui de retrouver ses anciens amis et connaissances, particulièrement dans son état de santé. Meziane Rachid est un artiste».

• Akli Yahiatene, interprète de la chanson kabyle :
« Avant tout je me recueille sur sa mémoire artistique. Le temps passe vite, Il est vrai que nous avons collaboré ensemble mais il demeure une figure emblématique et incontournable de la culture amazighe. Nous nous sommes liés d’une forte amitié. Meziane Rachid n’est pas seulement un artiste, pour moi c’est un missionnaire ».

• Rachida, épouse de Meziane Rachid :

« C’est quelqu’un qui m’a beaucoup appris. C’est un époux exemplaire. Ses meilleures œuvres, nos enfants. C’est quelqu’un qui donne sans rien attendre de retour. Il ne lésine pas sur son savoir pour faire profiter ses connaissances. Il adore faire partager son expérience professionnelle avec les autres. En somme, je suis très fière d’être l’épouse d’un grand monsieur ».

• Mohamed Bedreddine, directeur de la chaîne 2 :
« Je suis heureux d’avoir organisé cet hommage vu l’importance du brillant parcours de Meziane Rachid.
Ce formateur appartient à cette génération d’intellectuels algeriens qui a façonné la culture algérienne. J’ai eu la chance de travailler à ses côtés en 1989. Il avait cette qualité de vouloir parfaire son travail, car il effectuait constamment des recherches pour enrichir ses œuvres.
En tant que directeur responsable de cette chaîne, il est de mon devoir de penser à des gens comme Meziane Rachid et d’autres aussi qui ont servi la culture algérienne en général, et la chaîne 2 en particulier ».

• Medjahed Hamid, auteur compositeur et interprète :
« C’est au café Tantonville, (Square port Saïd, Alger) que j’ai connu Meziane Rachid, le lieu de regroupement de l’ensemble des artistes dans le passé. Meziane Rachid a une vision noble de la notion artistique, que j’admire». Ce grand poète et homme de culture, Meziane Rachid a tenu a exprimer sa joie, son bonheur de se retrouver parmi sa famille, ses amis et ses collègues. Il nous confie qu’il écrira, prochainement une pièce de théâtre en collaboration avec son meilleur ami, le dramaturge, Saïd Zanoun.

Source: Journal Horizons.

med-ouzegane_2607902_465x348 (1)Le chanteur algérien d’expression kabyle, Mohand Ouzegane, s’est éteint vendredi dernier à Alger des suites d’une longue maladie, a appris El Watan auprès de sa famille.

Il avait 71 ans. Le défunt a été enterré, hier, à Ifigha, son village natal en présence d’une foule nombreuse. Mohand Ouzegane est l’auteur d’un riche répertoire musical interprété dans sa langue maternelle qu’il avait toujours défendue de son vivant. Mohand Ouzegane avait côtoyé de nombreux chanteurs de sa génération tels que Kamel Hammadi, H’nifa, Lounis Aït Menguellet, Taleb Rabah, Akli Yahiatène, Djamila et Hassan Abassi. Parmi ses célèbres chansons, Tghanigh Si Mohand Ou M’hand (Je chante Si Mohand Ou M’hand) et Machi tutsine ikmatugh Ayema Aâzizen (Ce n’est pas un oubli ô chère maman) en hommage à toutes les femmes d’Algérie. 

Ahcène Tahraoui

 

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Outre ses chansons rythmées, Hamidouche avait levé le voile sur les conséquences de l’arabisation de l’école tout comme il avait prévenu, dans le texte Vava Lwali, sur les dangers de l’islamisme intégriste.

Dans le hall de la maison de la culture Mouloud Mammeri de Tizi Ouzou, les chansons de Hamidouche sont diffusées en discontinuité, à l’occasion d’un hommage au défunt, dont la mémoire a été honorée, avant-hier et hier, par un riche programme d’activité en mesure de revisiter l’artiste. Des portraits de Hamidouche, des articles de presse et des photos du regretté sont exposés au regard des visiteurs qui redécouvrent l’image d’un homme qui a marqué sa carrière par des textes décrivant, avec une voix inimitable et une musique rythmée, toutes les joies et déceptions de la vie.

D’ailleurs, il a souvent connu un immense succès de ses albums qui demeurent aujourd’hui intemporelles comme les chants crépusculaires du rossignol. Ainsi, dans le cadre de cet hommage rendu par la direction de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou, un recueillement à la mémoire du défunt a eu lieu au niveau de son village natal Agouni Bouaklane (Attouche), dans la commune de Makouda, où les présents ont déposé une gerbe de fleurs sur la tombe de Hamidouche.

Une projection vidéo sur la vie et l’œuvre de l’artiste était également au menu de cet hommage qui a «ressuscité» l’auteur de chanson Aya gueffour n’maghras. Il s’agit d’un documentaire appuyé essentiellement de différentes prestations de Hamidouche et des témoignages émouvants donnés par des membres de sa famille et de ses amis qui ont rappelé aussi bien le talent de l’artiste que ses qualités humaines. «Hamidouche était un homme très modeste. Il était toujours aux cotés des simples citoyens», se rappelle un artiste de sa région.

Pour lui, la disparition précoce de Hamidouche est une grande perte pour la chanson kabyle, car il avait toujours le talent de produire et d’enrichir davantage son œuvre. Celle-ci reste un véritable repère pour les nouveaux chanteurs dont certains ont même repris les textes de Hamidouche dans leurs albums, histoire de rendre hommage au regretté.  «Il a toujours accompagné notre enfance et apporté beaucoup à la chanson kabyle et algérienne en général», ajoute un jeune poète.

Par ailleurs, rappelons que Hamidouche, de son vrai nom Ahmed Khedim, est né le 14 août 1956, au village Attouche, dans la commune de Makouda. En 1978, le jeune artiste signera un début remarquable dans la production artistique avec sa première cassette et notamment la chanson Aouiza semhas, un tube qui l’a, d’emblée, fait connaitre pour en faire une riche carrière. D’autres succès s’en sont suivis jusqu’à son décès, le 5 juin 2002, à Marseille des suites d’une longue maladie qui l’avait cloué au lit pendant plusieurs mois.

Son enterrement, quatre jours plus tard au village Agouni Bouaklane, avait drainé une foule nombreuse de fans et d’artistes, à l’image de Lounis Aït Menguellet, Baâziz, Boudjemaâ Agraw et Farid Ferragui. Il a laissé derrière lui une œuvre palpitante composée de chansons immortelles comme Sidi l’mir. Dans ce texte, il a dénonce la bureaucratie qui avait commencé à gangrener les institutions algériennes. Il a également chanté Lif l’ba, histoire de lever le voile sur les conséquences de l’arabisation de l’école tout comme il a prévenu, dans le texte Vava lwali, sur les dangers de l’islamisme intégriste. Izem idraba thesseda est aussi l’un des textes-plans d’ Ahmed Khedim.

Hafid Azzouzi

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Le chanteur Moh Ouali Hakem, l’un des compagnons de Dahmane El Harrachi, Cheikh El Hasnaoui et Slimane Azem, est décès vendredi, à 22 heures, des suite d’une longue maladie.

Le défunt sera inhumé, demain, dimanche, dans son village natal, Tizi Tamlelt, commune d’Iflissen, daïra de Tigzirt et à une quarantaine de kilomètres au nord de Tizi Ouzou.  L’artiste était un homme modeste,  humble et surtout pétri de valeurs humaines.  Il a tiré révérence à l’âge de 81 ans. Moh Ouali a chanté l’immigration, l’exil et la nostalgie pour son amour au pays.

Le chanteur a traité divers thèmes avec une rare sensibilité dans des chansons magnifiques pleines d’émotion et de subtile tendresse. En 1952, soit à l’âge de 18 ans, il quitte son village natal  pour partir en  France  où il a fait  plusieurs chansons qui n’ont pas  malheureusement été enregistrées.

Ya Sidi Khaled El Marsa est l’un des plus célèbres textes composé par le défunt. Il est utile de rappeler qu’en août 2008, les citoyens de son village lui ont rendu un vibrant hommage avec la présence de plusieurs artistes  et hommes de culture comme Cherif Hamani, Ali Ideflawen, Moh Saïd Fahem, Mohand Akli Belkheir.

Hafid Azzouzi

img tagJolie et pleine de talent, Nesrine, du haut de ses 24 ans, voit un bel avenir s’ouvrir devant elle. Depuis quatre ans, c’est sous ce nom que la chanteuse bouirie est connue du public. Un exploit en soi, vu le très jeune âge de la demoiselle. Elle réussit en effet à remplir une salle de 1000 places et à y mettre le feu, jusqu’à une heure tardive de la nuit. Du talent à l’état pur. Depuis le début du mois de carême, dans ce contexte fortement marqué par le Mondial brésilien, les soirées des citoyens ont consisté en une succession de matchs à la télévision. Seul l’inénarrable Akli Yahiatène a réussi, samedi dernier, à faire venir le public en nombre à la maison de la culture Ali Zaamoum. Mais Nesrine, toutes proportions gardées, a elle aussi fait sortir les Bouiris de chez eux. Avec un album sorti il y a un mois, où elle chante en duo avec Moumouh, un chanteur kabyle et pas des moindres, et un deuxième qui sera très prochainement enregistré, la talentueuse chanteuse fait son petit bonhomme de chemin. Elle sait ce qui lui reste à parcourir pour parvenir au sommet de son art. Car telle est son ambition, sa passion. Avant-hier soir donc, la jeune artiste subjuguait de sa belle voix le public. Celui-ci l’acclamait à tout rompre. Cinq chansons lui ont suffi pour transporter l’assistance, tout en tendresse. Et notre jeune artiste ne cache pas sa volonté d’être la chanteuse des sentiments. En effet, à travers les cinq chansons qu’elle a merveilleusement interprétées, il ne fut question que d’amour et d’amitié. Cinq titres qu’elle a empruntés à des artistes qu’elle dit chérir au plus haut point. Le public fut en effet enchanté et agréablement surpris des reprises que Nesrine a faites de trois chansons de la regrettée Chérifa : ‘’Ouerd Ifris’’, ‘’Anzour Elwali’’ et ‘’South Ouartilane’’. Puis elle chanta un extrait d’un des albums de Chab Aziz intitulé ‘’Aioul Isroun’’. «Je n’aime que les thèmes sentimentaux», nous a-t-elle confessé. Pour le moment, et depuis qu’elle s’est lancée dans la chanson, le succès de Nesrine se limite à la wilaya de Bouira. Et même là, le public n’a pu la voir que sur l’unique scène dressée par la maison de la culture et dans les programmes que l’établissement élabore en fonction des événements culturels qu’il organise ou qu’il accueille. Mais parions que les horizons de cette artiste dans l’âme ne vont pas tarder à s’élargir. On la verra d’ailleurs très prochainement à Tizi-Ouzou et à Béjaïa. D’ici là, les mélomanes de Bouira et d’ailleurs peuvent la découvrir sur un des albums de Moumouh avec qui elle interprète deux chansons en duo. Mais également dans son album Nesrine 2015 à elle, qui vient de sortir, et où le chanteur l’accompagne sur plusieurs titres. Notons par ailleurs qu’un contrat lie la talentueuse chanteuse au centre national des loisirs et du tourisme où elle anime des soirées pour un public cosmopolite, constitué d’Algériens mais également de touristes français, allemands, américains, russes et chinois. Elle nous déclarait d’ailleurs être prête à chanter en français si la demande lui était faite. Nesrine nous confiera avoir des goûts très éclectiques et apprécier tout autant Akli Yahiatène, Rabah Asma, Yasmina, Rachid Kousseila et Momouh et plein d’autres encore… Un projet à l’étranger ? La jeune chanteuse acquiesça. Chanter dans pleins de pays la tenterait bien. Mais en attendant, elle compte se faire une place dans les différentes régions de son pays.

imgLe nouvel album de la star de la chanson kabyle, Idir Akfadou, est depuis jeudi dans les bacs. Un album très riche, une force du verbe inégalée, un réel chef-d’œuvre que l’artiste offre à son nombreux public.
Aussi passionnant pour la qualité de ses mélodies que pour ses textes à la fois lucides, subtils et engagés, voilà un artiste qui avance encore un peu plus à chacun de ses albums tout au long de ces quelque quarante ans de carrière et qui mérite très largement son succès. Fidèle à son registre musical singulier, le chanteur délivre dans son nouveau-né neuf titres hauts en couleur. L’écriture déjà très fine sur les précédents albums s’est encore enrichie dans ce nouveau produit qui constitue un autre hymne à l’amour. La première chanson Asmekti qui est le titre retenu pour ce 19e album se propose «de restituer un échange entre deux personnes, très avancées dans l’âge, de leurs souvenances de leur amour de jeunesse dans une société marquée par le poids des traditions», explique Idir Akfadou. «Autrefois, les fêtes constituaient pratiquement les seules occasions de croiser le regard de sa bien-aimée contrairement à maintenant. Cet amour était toutefois pur et éternel», poursuit le chanteur. Suite à la sollicitation de son nombreux public, Idir Akfadou a repris aussi dans son nouveau produit la chanson Saïda, enregistrée en 1977 et qui connaît toujours le même succès depuis presque quarante ans ou encore Thavrats (la lettre). Dans cet album, les fans découvriront aussi deux nouveaux titres dédiés également à l’amour, Tsrough (je pleure), Ourkmatsamnagh (je ne te crois plus) ainsi qu’une autre chanson Sabrina écrite par l’un des ses fils, Yuba qui constitue comme son frère Baiileche l’une des nouvelles étoiles montantes de la chanson kabyle. Fidèle à son engagement indéfectible dans le combat identitaire, Idir Akfadou consacre dans cet album deux chansons, Thafsouth et Yennayer, pour revisiter la Kabylie profonde et les traditions ancestrales. Le dernier titre de l’album s’intitule Awidhak Thadja Thmousni, dénonçant «les jugements idiots de ces beaux penseurs à chaque louable initiative», nous a confié Idir Akfadou , rencontré la veille de la sortie de son album produit chez les éditions Melody à Ighzer Amokrane, wilaya de Béjaïa, écouter en ligne sur kbmusique Idir Akfadou 2015
A. Kersani

imgIl y a vingt ans, il avait décidé de vivre en ermite poète. L’attente a été longue mais bénéfique. Pour parler de ce nouvel opus de Hocine Ouahioune, on est tenté de commencer par « Il était une fois ou macahu».

Mais peut-on commencer par une formule de contes de fées l’appréciation d’une œuvre en étroite relation avec la société à laquelle elle est destinée ? Non.En fait, ‘’Ay awal’’ ne déroge pas à la règle des deux premiers albums de l’artiste. Il vient aussi crever des abcès pour mieux soigner des plaies. Des thèmes traités avec une précision clinique à l’aide d’une langue estampillée et garantie d’origine. Une poésie éclatée. Des morceaux de miroirs épars. Le poète assume la dure tâche de mettre le doigt dans les ulcères.

Nous préférons briser que plier Et quand nous nous brisons

C’est sans espoir de recoller les tessons Dès que nous réalisons nos rêves Eternels amnésiques, nous oublions.
La poésie de Hocine Ouahioune arrache au sommeil léthargique, à l’inertie, pour pousser les esprits à rechercher un traitement de choc qui nous fera ouvrir les yeux et l’âme. Une œuvre construite d’innombrables formules susceptibles d’exorciser les mots et les maux. Les thèmes que développe le poète dans ce nouvel album sont traités en profondeur, et ce sont ses vers qui font la lumière.

Devant les mots, nous sommes désemparés Au cœur empli, répond la mutité Nos chemins se perdent Nos paroles, inaudibles et insensées

Les chansons de Hocine surgissent et emportent nos lassitudes et nos découragements… c’est une poésie virile. Des vers paraboles en totale harmonie avec l’actualité d’un pays qui nous donne le tournis. Il y a des œuvres comme celles-là, immédiatement compréhensibles qu’il faut écouter non seulement pour ce qu’elles contiennent mais aussi comme un signal dans la marche des idées. Hocine Ouahioune est sûr qu’un jour :
Nous écrirons des poèmes sans chaînes Nous mènerons tous les combats Aucune geôle ne nous fera peur Et si un des nôtres tombe Nous le relèverons

Amen Hocine !!

Écoutez l’album de Hocine Ouahioune 2015 en ligne

Ahmed Ammour

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Après son succès en 2006 avec l’album intitulé « Ayema Yema », l’auteur compositeur et interprète, Rachid Khedim, marque son retour sur le devant de la scène avec un nouvel opus intitulé « Felam » Rachid Khedim 2015, qui sortira à la mi-février aux éditions Maréchal.

L’artiste signe ici son cinquième album disponible en écoute sur kbmusique qui comprend huit titres, Felam itheza thassa, Adzayri, Agdoud, Iniyid, Ghlin Yergazen, La ikhedema, Lahdur agi et zwaj n bessif. «Felam» dépeint, selon son interprète, une expérience personnelle, un vécu où différentes thématiques sont abordées mais la part du lion est revenue à la chanson sentimentale avec cinq titres. Le folklore y est également présent, le titre «La ikhedma» en direction de la jeunesse et ses problèmes ainsi qu’une chanson engagée qui traite des déracinés qui ont oublié leurs origines pour embrasser une autre culture. L’artiste s’investira totalement dans cette nouvelle production «Cet album c’est quatre années de travail acoustique avec des musiciens professionnels» nous a-t-il expliqué, ajoutant «vous savez, j’ai grandi avec la musique, j’étais l’un des musiciens de mon défunt frère Hamidouche, j’ai littéralement baigné dedans, c’est ma raison d’être…» nous confiera-t-il. Rachid Khedim, nous parlera également de ses débuts «J’étais musicien comme je vous l’ai dit et en 1997, j’ai décidé de franchir le pas». L’interprète a tenu à rendre hommage à la maison d’édition qui le produit depuis ses tout débuts «Je profite de cette occasion pour rendre hommage aux éditions Maréchal qui m’accompagnent depuis des années, mon choix pour cette maison d’édition n’est pas anodin, il est motivé par 25 années d’amitié qui lie, son producteur Smail Maréchal à mon défunt frère Hamidouche». A la fois auteur et compositeur, l’artiste n’est autre que le frère du chantre qui n’est pas à présenter, feu Hamidouche, de son vrai nom Ahmed Khedim. Resté douze années en noir en France, l’artiste dont la voix est très ressemblante à celle de son défunt frère n’a jamais coupé les ponts avec l’Algérie bien au contraire, il mettra toute sont expérience acquise en exil au service de son art et de la chanson d’expression kabyle «Je suis resté 12 ans en noir en France mais mon cœur lui est resté en Algérie, une fois ma situation régularisée, je revenais de temps à autre pour rendre hommage à mon défunt frère…» Parlant de son frère, il nous confiera que ce fut son deuxième album qui lui plut «Mon deuxième opus lui a beaucoup plu parce qu’il aimait les sonorités aigues.»

Karima Talis – Depeche de Kabylie