Cherif Kheddam, Da Chérif pour les intimes, traverse les modes avec une insolente santé. Son œuvre est intemporelle. Et l’auteur refuse tout narcissisme.

Portrait d’un artiste passionné et passionnant – Chérif Kheddam

chérif kheddamL’homme a des yeux rieurs et complices. C’est un homme d’une grande simplicité qui vient nous ouvrir la porte de son immeuble, pas loin de Paris. On est loin du tape-à-l’œil des stars capricieuses. Chérif Kheddam est un maestro, pas une vedette éphémère. Tout respire en lui un savoir-faire solide, qui se moque des modes et de l’air du temps. A 78 ans en janvier prochain, malgré quelques petits tracas de santé, Da Chérif n’a rien d’un grabataire. Au contraire. Son verbe est sûr, posé, pertinent. Il impressionne par son détachement et sa modestie. Da Chérif doute, comme seule la sagesse l’impose. Il a toujours vécu loin du milieu artistique. « Toute ma vie, j’ai vécu hors du monde artistique. Je ne peux pas vivre dans ce milieu où des gens sans grand talent se considèrent toujours en haut de l’affiche. Il faut replacer les choses dans leur contexte. Nous, artistes kabyles, devons avoir le succès modeste. Nous chantons pour un peuple peu nombreux. » Si on lui rappelle que sa musique a dépassé depuis longtemps les frontières de la Kabylie et même de l’Afrique du Nord, ses morceaux sont joués en Turquie par exemple, il balaie ça très vite. « L’universel commence chez soi. Nous ne devons pas oublier que nous sommes un petit peuple. La modestie doit être notre fil conducteur. » Et le génie est dans la simplicité. « Je n’aime pas la flatterie », tranche-t-il.

A lemri, le miroir – Chérif Kheddam

Sur les murs de son salon, des tableaux. Et une nouvelle acquisition. Un peintre vient de lui offrir un tableau inspiré de sa chanson mythique A lemri, le miroir. On y voit une fille devant son miroir en arrière-fond en train de se peigner les cheveux. Da Chérif gratte le luth. Quel est le sens de Lemri ? Cette chanson a traversé le temps avec une insolente jeunesse. Intemporelle. « Je ne veux pas donner des clés pour cette chanson. A chacun de lui donner sa propre signification. Par contre, je reconnais qu’elle est mystérieuse », explique-t-il d’un air espiègle. Un succès qui ne s’est jamais démenti. « Cette chanson est symbolique. Elle a une forte charge émotionnelle. Elle a plusieurs niveaux de lecture. » La chanson a été enregistrée en 1963 par l’orchestre symphonique de Paris, une première à l’époque. L’ancien OS, ouvrier spécialisé, presque analphabète, a vu son œuvre jouée par de nombreux orchestres symphoniques. « En ce moment, Nachid Bradaï est en train de faire des répétitions à Alger et de jouer mes partitions. Je l’ai connu il y a très longtemps. Il était soliste à l’orchestre symphonique national. Il y a des gens très capables en Algérie. » Et il sait de quoi il parle. Il a travaillé à la Radio télévision algérienne (RTA) pendant 24 ans.

Le passeur de savoir – Chérif Kheddam

A l’indépendance, la chaîne de radio en langue kabyle manque cruellement de production. La Chaîne I et III pouvaient s’appuyer sur des productions étrangères, orientales pour la première et occidentales pour l’autre. « Nous, nous n’avions rien. On devait sauver notre patrimoine, trouver un moyen pour que la chaîne ne disparaisse pas. L’idée était donc d’enrichir la discothèque et de découvrir de jeunes talents pour remplacer notre génération. » Da Chérif se découvre de nouvelles fonctions, vocations. On ne mesurera jamais assez le travail titanesque abattu par celui qui a sauvé la discographie berbère avant de la propulser vers la modernité. A partir de 1964, il sera documentaliste, archiviste, discothécaire et – surtout – dénicheur de talents. Grâce à son émission « Les chanteurs de demain », la chanson kabyle prend un nouvel envol. La chanson post indépendance doit énormément au travail de fourmi du génie qui a délaissé sa création pour se consacrer à celles des autres. De 1964 à 1975, il a composé des albums pour de nombreux nouveaux artistes qu’il a découverts et contribué à faire connaître.

Star Academy – Chérif Kheddam

cherif kheddamLa plupart des auteurs-interprètes sont passés entre ses mains dans « Les chanteurs de demain », ou alors complètement formés par ses soins. Da Chérif dispensait des cours gratuitement trois fois par semaine dans une salle des Pères Blancs, rue Horace Vernet à Alger. Aït Menguellet, Nouara, Idir, Ferhat, Malika Doumrane, Karima, Zahra… étaient ses élèves avant de s’envoler de leurs propres ailes avec des succès différents. Ils se réclament tous être ses enfants. En père spirituel, il ne renie personne ni ne cite le nom d’un enfant préféré. Il sourit et élude la question. Pourtant, on sent que Nouara, avec sa voix cristalline, reste l’élue. Sa muse. Pygmalion a fait son deuil public. Pas sûr. « Quand les jeunes arrivaient à la radio, je les écoutais avec beaucoup d’attention, puis je donnais mon avis. Je ne suis ni un juge et encore moins Dieu. Il m’est arrivé de refroidir l’enthousiaste de pas mal de personnes, car je pensais qu’ils n’étaient pas fait pour ce métier. Et avant que vous ne posiez la question, oui, il m’est sûrement arrivé de me tromper. » Toujours aussi respectueux des autres, il refusera durant tout l’entretien de citer un nom. « Ce n’est pas important. » Pour les 50 ans de sa carrière, ses « enfants » ont décidé de se rendre à Alger pour son concert à la coupole. Qui sera là ? Le téléphone sonne. Il n’arrêtera pas de sonner durant tout l’après-midi. Comme si elle avait entendu la question, Karima l’appelle pour lui confirmer sa présence. Lounis Aït Menguellet, celui qui revendique le plus cette paternité depuis des années, aurait déjà pris sa réservation. « Il y aura du monde en effet. Des retrouvailles et de nouvelles connaissances. Je ne peux pas dire qui sera là précisément. Des amis, des anciens… » Son regard pétille d’intelligence. Il s’impatiente. « Une grande surprise », finit-il par lâcher. On devine, on tâte, on questionne… « Je n’en dirai pas plus. » « Da Chérif, confirmez-nous la présence de Nouara. » Silence complice.

La loi de la relativité – Chérif Kheddam

Retour à sa carrière. Sa traversée du désert au niveau créatif prend fin en 1975. Elle aura duré 15 ans. Quinze années à former les autres, à chercher et à trouver le talent chez les autres. « Je dois mon retour à Tahar Boudjelli. C’est grâce à lui que j’ai repris le chemin de la création. Je croyais ma carrière finie. Il a su me convaincre. Le public était toujours là, mais j’étais trop investi à composer pour les autres et à alimenter la discothèque kabyle pour penser à ma carrière. » Retour gagnant après une longue période de dispersion. « Chérif Kheddam n’a jamais joué à la vedette, ni cherché la célébrité, ni été attiré par les médias. Le milieu artistique même lui est peu familier, il ne s’y aventure que lorsqu’il a besoin de musiciens. Durant son séjour en France, il a plus vécu en milieu ouvrier que parmi la nouvelle chanson kabyle, il a toujours refusé de s’en instaurer parrain, maître ou cacique. S’il est un indéniable précurseur, il demeure un chanteur en évolution et en devenir. C’est pourquoi, nous pensons que l’actuel effacement ne saurait être une retraite, mais plutôt un simple repli pour prendre un nouvel élan. Celui qui a été l’enfant remuant de la chanson kabyle ne saurait se retirer sur la pointe des pieds », écrit, si justement, Tahar Djaout en 1993. L’avenir lui a donné raison. L’année 2005 le verra se produire à la coupole à Alger et au Zénith à Paris. C’est aussi un millésime réussi pour son nouvel album. D’abord peu disert sur son œuvre, il finira par nous faire découvrir deux titres nouveaux : L’ghorva thajdhit (le nouvel exil) et (ce sera le titre phare de l’album) Rouh yazman (ainsi va la vie, traduction approximative). « C’est ma vie. Cet album reflète ma vie. Il parle de la vieillesse, des maux de la société et de l’exil forcé. Et, ironie du destin, moi qui ai quitté la France en 1963, je m’y suis exilé à nouveau à cause de mes problèmes de santé. Concernant la musique, on me reconnaît dès les premières notes. Il y a différentes rythmiques mais je suis resté fidèle à mon style. » Da Chérif a découvert les quarts de temps en 1958. La touche personnelle du compositeur, qui allie le classique occidental et les influences orientales, notamment Abdelwahab, comme un ADN. Son empreinte musicale est définitivement originale. Intemporelle, suave, académique et rebelle. Riche. Atypique. « Da Chérif a de l’avance sur son temps. Il a été le premier à utiliser des tempos latinos dans les années 1960. Aujourd’hui, ça revient à la mode. Sa chanson Sbah lkir (bonjour) écrite en 1959 avait une avance de 40 ans. Il était temps que l’Algérie reconnaisse son talent, ce que la musique algérienne lui doit. Da Chérif est aujourd’hui un géant de la musique contemporaine du Maghreb. Il a créé un style musical qui associe le traditionnel, le classique et le moderne. A Lemri est une œuvre intemporelle, elle tient de la mythologie grecque et du mysticisme », explique son ami et producteur Tahar Boudjelli.

« Je suis Méditerranéen et Ma musique est méditerranéenne » – Chérif Kheddam

« Je suis Méditerranéen et ma musique est méditerranéenne, turque, grecque, italienne, algérienne… Je pars de ma spécificité pour toucher l’universel. Seule l’authenticité peut donner tout son sens à une œuvre, musicale ou autre », diagnostique le compositeur. L’ancien élève de la zaouïa de Boudjelil (Petite Kabylie), désertée dès l’âge de 14 ans pour aller travailler, s’est battu toute sa vie : contre son propre camp, les artistes kabyles qui se satisfaisaient de chansonnettes avant son arrivée, de la société qui voyait débarquer un artiste révolutionnaire et qui plaçait la barre très haut, alors qu’elle n’était pas préparée à une musique si élaborée, puis contre le colonialisme et enfin le parti unique. Ses compositions étaient scrutées à la loupe par les services de censure, aussi bien par la France d’avant l’indépendance que par l’Algérie indépendante. Les colons y cherchaient une incitation au nationalisme et le parti unique une expression « séparatiste ». Le maestro s’est moqué des deux censures, en utilisant les métaphores puis, après l’indépendance, en évitant de faire du militantisme tapageur. Avant-gardiste dans la discrétion. En 1961, il a, dans un rare plaidoyer pour l’émancipation de la femme, chose insensée à l’époque, composé Lehjab etharit (Pourquoi voiler la femme libre ?). Et c’est le fruit de son travail qui est aujourd’hui récolté par tous les autres artistes. Grands et petits. Consciemment ou non.

Biographie en 7 dates

1927 : Naissance à Taddert Boumessaoud (Aïn El Hammam, ex-Michelet)
1948 : Exil en France jusqu’en 1963. Il y compose ses premières chansons et apprend le solfège.
1963 : Composition d’A Lemri, sa chanson phare, enregistrée à l’ORTF. Et date de son retour en Algérie.
1964-1975 : Animateur, producteur de l’émission « Les chanteurs de demain ». Chérif Kheddam déniche de nombreux talents tels Idir, Aït Menguellet, Ferhat, Nouara, Karima…
1975 : Retour à la composition et au chant
1995 : Retour en France
2005 : Chérif Kheddam fête ses 50 ans de carrière et sort deux CD et un DVD. A 78 ans, il s’attaque à la Coupole et au Zénith.

Vous pouvez écouter quelques albums de Cherif Kheddam sur kbmusique

Rémi Yacine

Slimane Azem de son vrai nom Azem Ouali est né le 3 mars 1913 à Agouni Gueghrane, dans une zone montagneuse de la Grande Kabylie à 45 kilomètres au sud de Tizi Ouzou, dans une humble et vieille famille kabyle jouissant d’une certaine influence dans la région. Slimane Azem obtient son certificat d’études primaires mais, encore tout jeune, doit faire face à des charges familiales très lourdes (il a quatre frères et deux sœurs). En 1936, il part en métropole et occupe un emploi d’électricien à Longwy.

Il y est rejoint en 1937 par son frère Azem Slimane, son cadet de cinq ans qui acquerra la notoriété en tant qu’auteur, compositeur et interprète de chants kabyles (il sera « Disque d’or » de la firme Pathé-Marconi en 1970). Pendant l’occupation, tous deux sont requis par le S.T.O. (Service du Travail Obligatoire). Libéré par l’armée américaine, Azem Ouali retourne en Kabylie.
Elu conseiller municipal en 1953 à Agouni Gueghrane, Slimane Azem est désigné comme maire de cette commune en 1957, puis comme membre de la Commission Administrative du département de la Grande Kabylie. Slimane Azem intervient en faveur de son frère inquiété pour une de ses chansons (« Criquet, sors de ma terre.. » et le fait revenir de métropole en Kabylie en 1958. Le 10 février 1958, en présence de Robert Lacoste, ministre- résident de l’Algérie,Slimane Azem est porté à la présidence des maires de Kabylie. Au cours de cette cérémonie, Slimane Azem affirme son attachement à la France et son désir de rester français.

Malgré les menaces de mort du FLN contre lui et sa famille, Slimane Azem entend oeuvrer pour le rapprochement des communautés kabyle, arabe et européenne.

Après le 13 mai 1958, Slimane Azem devient Vice-Président du Comité de Salut Public de l’Algérie et du Sahara dont les deux co-présidents sont le docteur Sid Cara et le général Massu.

Aux élections législatives qui envoient 67 députés d’Algérie à l’Assemblée Nationale (46 musulmans et 21 européens), Slimane Azem est élu député de la circonion de Tizi Ouzou, sur une liste intitulée « Pour le renouveau d’une grande France », en compagnie de MM Henri Colonna, Ali Saadi, Ahcène Oualalen et Sadok Khorsi. Slimane Azem appartient tout d’abord au groupe parlementaire provisoire « Formation Administrative des Elus d’Algérie et du Sahara ».

Slimane Azem rejoint ensuite le groupe parlementaire « Unité de la République » qui regroupe les députés d’Algérie et de métropole essentiellement attachés au maintien de l’Algérie dans la République.

Le 9 novembre 1961, il vote « l’amendement Salan » et le 11 mai 1962, Slimane Azem intervient à la tribune pour stigmatiser les mesures prises par le gouvernement pour empêcher, avant l’indépendance, le départ d’Algérie des Musulmans dont la vie est en danger du fait du FLN.

Entre temps, Azem Ouali est la cheville ouvrière de la réalisation d’un « Livre blanc » sur la fusillade meurtrière du 26 mars 1962 qui vit 82 manifestants tués rue d’Isly à Alger par un régiment de l’armée française.

Après l’indépendance de l’Algérie, le 4 juillet 1962, son mandat de député est supprimé comme celui de ses collègues d’Algérie. Ayant quitté sa Kabylie natale qu’il ne reverra plus, Slimane Azem s’installe dans le Quercy où il se fait agriculteur pour nourrir sa nombreuse famille. Slimane Azem y fonde un Comité de Défense des Agriculteurs Rapatriés.

Jusqu’à la fin de sa vie, Slimane Azem est fidèle à sa communauté d’origine et à ses compatriotes pieds noirs ce qui le pousse à accepter la responsabilité de la présidence du Cercle Algérianiste de Montauban.

Chevalier de la légion d’honneur, Officier de l’Ordre du Mérite National, titulaire de la croix de la valeur militaire avec étoile d’argent, Azem Ouali est décédé en septembre 2002.

Cité par la défense de Raoul Salan lors de son procès en mai 1962, Azem Ouali, condamné à mort par le FLN, dont la protection par la Préfecture de Police n’est plus assurée depuis peu, écrit au président du tribunal pour indiquer que, dans ces conditions, il ne peut venir témoigner. Slimane Azem écrit cependant à propos de l’Algérie : «… Le gouvernement a changé de cap. Le général Salan n’a pas admis cet abandon, et c’est pourquoi il se trouve devant vous… ».

Slimane Azem

Acḥal d abrid i sliɣ
Combien de fois ai-je entendu

I yemma tenna-d aniɣ-i
Ma mère me dire

A mmi ur tesɛid ay cciɣ
Ô mon fils, je n’ai pas de quoi manger

Deg yedmaren a k-t-id fkeɣ
Du sein je te donnerai

Ula d akwerfa ur t-rwiɣ
Même l’ivraie ne me rassasie pas

Amek ara k-id-smeɣreɣ
Comment vais-te faire grandir ?

Sliɣ i yemma tenna

A mmi ifadden kkawen
O mon fils je suis sans force et courbée

Mačči s weclim d ukwerfa
Ce n’est pas avec du son et l’ivraie

I segmen wergazen
Que se revivifient les hommes

Ulac di tarbut tekfa
Il n’y a plus rien dans le plat, c’est terminé.

A nɛenni a nraju yiwen
Nous nous sommes dits : «Attendons» [?]

Cfiɣ yiwen n wass di ccetwa
Je me souviens, un jour en hiver

Nella nezzi-d i lkanun
Nous étions de retour à l’hâtre

Nettawi-d timucuha
Nous y apportions des contes

Akken laẓ medden a t-ttun
Pour que les gens oublient la faim

Nessa agertil ɣer lqaɛa
Nous avons étendu la natte sur le sol

Udan ugin ad kfun
Les nuits étaient sans fin

Tura kra din u s-necfi
Ici et maintenant, nous ne nous souvenons plus

Nerna-ten ɣer win iɛaden
Nous les avons ajoutés à ce qui est passé

Nuɣal nbeddel tikli
Nous en venons à changer notre état d’esprit

Nettu wid leɛmer rwan
Nous oublions ce qui est bon pour la survie.

Imi ddunit tettezzi
Puisque le monde tourne [constamment]

I uzekka anwa i yezran ?
Qui sait ce que sera demain ?

Paroles de Chérif Kheddam – Sligh i yemma

Mohamed Allaoua vit le jour le 25 août 1980 à Alger. Dès son enfance, il suivît des cours de musique Andalouse mais également des cours de musique universelle à l’Ecole El-Maoussilia d’Alger. Aujourd’hui, Mohamed Allaoua enchaîne les succès. De « Baba ccix » à « A Sieqa » en passant par « Nan-d ala » et « Ssar tamurt », les tubes se succèdent et personne ne peut passer à côté. Cela, Mohamed Allaoua le doit au fait qu’il ait su dès ses débuts saisir tout un public en l’enchantant avec son talent, son charme et surtout de la vraie bonne musique. Sur scène, Mohamed Allaoua se révèle à la fois attachant et captivant dans une atmosphère chaleureuse et énergique voire électrique ! Il aime donner le meilleur de lui-même.

Mohamed Allaoua a réussi à s’imposer comme étant incontestablement la nouvelle révélation de la chanson kabyle. Cela explique la place qu’il occupe actuellement sur la scène artistique algérienne. En effet, beaucoup d’années de travail et de persévérance lui ont permis d’être à maintes reprises en tête des ventes algériennes. Perfectionniste et ambitieux, son talent le mène jusqu’en France où Mohamed Allaoua débuta en janvier 2006 une tournée dans les plus grandes villes (Paris, Lyon, Marseille…) et dans des salles prestigieuses telles que le Zénith de Paris. Sa participation au Festival Amazigh des Iles Canaries lui vaut le surnom de « Bomba Kabylia » dans la presse local.

mohamed allaouaVoix enchanteresse, Mohamed Allaoua chante tout en rompant avec les tabous qui continuent de frapper la société algérienne dans sa totalité. Pour la jeunesse, Mohamed Allaoua est de ceux qui savent exprimer leurs difficultés et leurs tourments. Ses textes riches et variés parlent de l’amour sous toutes ses formes, la femme, la mère, les maux sociaux et la culture berbère.

Avec son style, sa sympathie et son naturel, Mohamed Allaoua apporte une fraîcheur à la musique Kabyle. Autant de qualités expliquant que Mr Allaoua soit tellement estimé de tous. Nous pouvons dire, sans nul doute, que Mohamed Allaoua est la nouvelle coqueluche de la chanson kabyle.

Matoub LounesLa vie de Matoub Lounès été très agitée, il a vécu des moments tragiques qui ont marqué sa carrière d’artiste. Sa carrière artistique était indissociable de son combat politique. Depuis la sortie de son premier album A Yizem anda tellid ? (Ô lion où es-tu ?) Matoub Lounès célèbre les combattants de l’indépendance et fustige les dirigeants de l’Algérie auxquels il reproche d’avoir usurpé le pouvoir et de brider la liberté d’expression. Chef de file du combat pour la reconnaissance de la langue berbère, Matoub Lounès est grièvement blessé par un gendarme en octobre 1988. Il raconte sa longue convalescence dans l’album L’Ironie du sort (1989).

Violemment opposé au terrorisme islamiste, Matoub Lounès condamne l’assassinat d’intellectuels. Il fût cependant enlevé le 25 septembre 1994 par un groupe armé, puis libéré au terme d’une forte mobilisation de l’opinion kabyle. La même année, Matoub Lounès publie un ouvrage autobiographique Le Rebelle et reçoit le Prix de la mémoire des mains de Danielle Mitterrand.

En 1995, Matoub Lounèsparticipe à la marche des rameaux en Italie pour l’abolition de la peine de mort, alors qu’en mars 1995, le S.C.I.J. (Canada) lui remet Le Prix de la Liberté d’expression.

Le 25 juin 1998, Matoub Lounès fût assassiné sur la route menant de Tizi-Ouzou à Ath Douala en Kabylie (Algérie) à quelques kilomètres de son village natal. Les conditions de ce meurtre n’ont jamais été élucidées. Les funérailles du chanteur drainèrent des centaines de milliers de personnes et la Kabylie a connu plusieurs semaines d’émeutes et de deuil. Son dernier album Lettre ouverte aux…, paru quelques semaines après son assassinat, contient une parodie de l’hymne national algérien dans laquelle il dénonce le pouvoir en place.

«Mais la paix renaîtra un jour et mes chants parmi vous célébreront à nouveau le printemps si cher à nos cœurs..». L’auteur de ces lignes s’appelait Matoub Lounès, star de la chanson kabyle et héros dans sa région natale, Tamazgha.

Son combat

ounès Matoub disait que sa seule arme était ses chansons. Il disait tout haut ce que le peuple pensait tout bas. Ses textes sont d’ailleurs clairement revendicatifs, et la défense de la langue et de la culture berbère y tiens une place prépondérante.

Il militait pour la reconnaissance de Tamazight comme langue nationale et officielle de l’Algérie et pour que celle-ci soit utilisée dans tous les domaines: école, administration, sciences, médias…

Matoub, comme il le disait, était également opposé à une hydre à deux têtes: le pouvoir et l’intégrisme islamiste qu’il a engendré.

Ainsi, il chantait contre le régime, caractérisé par la corruption et la criminalité. Dans ses chansons, il n’hésitait pas à s’attaquer de front aux présidents algériens (Chadli, Boumediène, Ben Bella), aux ministres du gouvernement, à la sécurité militaire et même à l’opposition se disant démocrate (FFS,RCD).

Il s’oppose à la politique d’arabo-islamisation menée par ce pouvoir depuis l’indépendance qui ne correspond pas à la véritable identité de l’Algérie. Ainsi, face à la loi d’arabisation du 5 juillet 1998 généralisant l’usage de la langue arabe dans tous les domaines et face au mutisme des sois-disants partis politiques de l’opposition, il dira: « A partir du 5 juillet, je serai la seule opposition en Algérie. Je serai le seul opposant. […] Cette fois, soit ils me jetteront en prison, soit ils me tueront. »

Matoub critiquait également l’école algérienne, falsificatrice d’histoire, qui n’avait pour seul but selon lui que « d’arabêtiser » le peuple.

Il militait pour l’instauration d’une véritable démocratie et était un fervent partisan de la laïcité.

Il dénoncait également la place faite aux femmes dans la société. En effet, leurs droits sont bafoués et le code de la famille incluant des éléments de la charia, institutionnalise l’infériorisation des femmes par rapport à l’homme.

Opposé à l’islamisme et au terrorisme islamiste, il condamne l’assassinat d’intellectuels. Il composera en juin 1993, quelques semaines après le meurtre de Tahar Djaout, une magnifique chanson à sa mémoire,  »Kenza », du prénom de la jeune fille de la victime.

Fervent partisan de la laïcité, il s’oppose à ce que la religion s’immisce en politique, et s’oppose fermement à la république islamique tant voulu par les islamistes. A ce titre, il vivra la victoire du FIS aux élections législatives de 1991 comme un drame (la Kabylie, bastion de la résistance selon Matoub, ayant été une des régions d’Algérie où le FIS ne remporta aucun siège). Il restera très menacé par les terroristes islamistes.

Lounès Matoub n’hésite pas également à s’attaquer à de nombreuses composantes sacrées de l’islam. Ainsi, dans sa chanson  »Allah Wakber », il dénonce la fatalité qui fait accepter tout et n’importe quoi aux musulmans, l’aliénation issue de cette religion qui pousse les gens à ne rien entreprendre car tout est écrit et il y désacralise la langue arabe: elle n’est pas plus importante qu’une autre au motif qu’elle serait la langue du coran.

En 1996, il participe à la marche des rameaux en Italie pour l’abolition de la peine de mort, lui qui a été condamné 2 ans auparavant à cette même peine par les terroristes du GIA.

La fondation Lounès Matoub a été créée par sa soeur Malika pour perpétuer sa mémoire, faire la lumière sur son assassinat et promouvoir les valeurs d’humanisme défendues pendant sa vie.

Ait menguelletLounis Ait Menguellet, de son vrai nom Abdenbi Aït Menguellet, est un poète algérien de musique berbère, né le 17 janvier 1950 à Ighil Bouammas, village niché dans les chaînes montagneuses du Djurdjura dans la commune de Iboudraren daira de Ath Yenni wilaya de Tizi-Ouzou dans la région de Haute Kabylie au nord de l’Algérie.

Lounis Ait Menguellet est certainement l’un des artistes les plus populaires de la chanson berbère contemporaine, un poète qui est devenu l’un des symboles de la revendication identitaire berbère. À propos des évènements qui ont secoué la région de Kabylie ces dernières années, il dit que, égale à elle-même, la région est un bastion de la contestation et qu’elle a toujours été à l’avant-garde des luttes. « Je parle de la kabylie à ma façon, afin d’apporter quelque chose pour que les choses évoluent », avant de s’empresser d’ajouter qu’il ne fait jamais de politique.

Nombreux sont ceux qui considèrent que la carrière de Lounis Ait Menguellet peut être scindée en deux parties selon les thèmes traités : la première, plus sentimentale de ses débuts, où les chansons sont plus courtes et la seconde, plus politique et philosophique, caractérisée par des chansons plus longues et qui demandent une interprétation et une lecture plus approfondie des textes. Ay agu (Brume), I?ul s anga a nru? (Le chemin est long), Nekwni s warrac n Ledzayer (Nous, les enfants d’Algérie) : Ait Menguellet choisit délibérément dans ses concerts récents de chanter ces poèmes, plus longs et plus composés, comme une invitation lancée à son public à une réflexion et à une découverte.

En présentant son nouvel album à la presse, le 16 janvier 2005, à la veille de sa sortie le jour de son cinquante-cinquième anniversaire, à la Maison de la Culture de Tizi-Ouzou, Lounis a fait remarquer que « l’artiste ne fait qu’attirer l’attention des gens sur leur vécu et interpeller leur conscience. C’est déjà une mission et je ne me crois pas capable d’apporter les solutions aux problèmes ». Aigri par la situation sociale et politique de son pays déchiré, Lounis puise de moins en moins dans son répertoire de chansons sentimentales qui ont caractérisé ses débuts.

Ait Menguellet 2010Ait Menguellet a par ailleurs sorti son nouvel album 2010 Tawriqt Tacebhant . Voici le lien directe pour écouter ce nouvel album Ait Menguellet 2010 Tawriqt Tacebhant .